Which value(s) for Biodiversity?

Participants:

Gilles Boeuf, Charles-Hubert Born, Mathilde Hautereau-Boutonnet (organiser), Vincent Devictor, Isabelle Doussan, Jérôme Dubois, Jérome Dupras, Laurent Fonbaustier, Sophie Gambardella, Julien Hay, Sophie Lavallée, Sandrine Maljean-Dubois, Mustapha Mekki, Alain Papaux, Emmanuel Putman, Jean-Michel Salles, Eve Truilhé-Marengo (organiser), Alexandre Zabalza

Biodiversite2014_Groupe

Review (in French)

Which value(s) for Biodiversity?
by Mathilde Hautereau-Boutonnet and Eve Truilhé-Marengo
8 – 13 September, 2014

Résumé

Durant la semaine du 8 septembre 2014, la Fondation des Treilles a accueilli un séminaire s’intitulant « Quelle(s) valeur(s) pour la biodiversité ? ». Aujourd’hui, la biodiversité ne cesse de se dégrader. La question est alors de savoir si accorder une valeur à la biodiversité peut conduire à une amélioration de sa protection. Ce séminaire réunissait 18 chercheurs dont deux juniors provenant des disciplines scientifiques, économiques, philosophiques et juridiques. Au cours de ce séminaire, les différentes interventions et échanges sur ce sujet ont permis de mettre en évidence la relativité de la notion de « valeur » selon les disciplines et d’éprouver à la fois le potentiel et les limites d’une protection de la biodiversité par le biais des valeurs. Au terme de ce séjour, on peut en retenir que c’est finalement en recourant à une prise en compte multidisciplinaire des critères de valeur(s) que la biodiversité pourrait être davantage protégée.

Mots clés

Biodiversité – espèces – faunes – flores – valeur(s) – coût – valeur économique – valeur philosophique – valeur juridique – valeur politique – valeur scientifique – patrimoine – bien – service écologique – service écosystémique – marché – propriété – droit – droit international – pêche – terre –

Compte rendu

Le séminaire s’intitulant « Quelle(s) valeur(s) pour la biodiversité ? » réunissant des chercheurs provenant de multiples disciplines (sciences, économie, droit, philosophie) a été accueilli à la Fondation des Treilles durant la semaine du 8 septembre 2014.

L’idée de ce séminaire partait du constat suivant : l’instrument juridique joue un rôle important dans la protection de la biodiversité. Aujourd’hui, coexistent et s’entremêlent des règles de droit international, européen et national, porteuses de dispositifs relevant de ce qu’on appelle le droit spécial de l’environnement, parfois de type local, tournés vers la protection et régulation des espèces protégés, menacées, nuisible, rares, remarquables, en voie de disparition, relevant de la flore et la faune ou autres populations, mais aussi de type global tendant à appréhender les éléments de la biodiversité dans leur ensemble en saisissant leurs interactions, par le biais de écosystèmes, et plus particulièrement des espaces protégés via les parc nationaux ou réserves naturelles. Plus particulièrement, le droit international s’est emparé de la protection de la biodiversité avec la Convention de Rio sur la diversité biologique en la définissant comme la « variabilité des organismes vivants de toute origine y compris, entre autres, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie; cela comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes ».

Pourtant, aujourd’hui, la biodiversité ne cesse de se dégrader. Selon le Millenium Ecosystem Assessment, le taux d’extinction des espèces est de l’ordre de 1% tous les ans et plus de la moitié des écosystèmes de notre planète est en danger. Pour en rendre compte, l’IUCN a créé un indicateur à partir de listes rouges. Cet indice montre que l’état de la biodiversité n’a cessé de se dégrader depuis les années 50. Au total, 11 espèces sur les 119 recensées comme en voie d’extinction quitteraient prochainement le territoire français.

Face à ce constat, ce séminaire entendait posait la question suivante : « aujourd’hui face aux faiblesses du droit, n’est-il pas temps de refonder, réviser, améliorer les techniques de protection de la biodiversité en s’intéressant à ses valeurs ? »

Comme l’a montré le séminaire, ce sont avant tout les économistes qui occupent le terrain de cette recherche sur les valeurs. En effet, depuis quelques années, l’on assiste à la multiplication d’études destinées à mettre en avant l’évaluation de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes pour mieux la protéger. Pourtant de l’aveu même des économistes présents, ces théories peuvent être critiquées ou relativisées. 

De ce fait, notre séminaire a voulu offrir une place importante aux autres disciplines : le droit, les sciences de l’écologie et la philosophie. Il est vrai que, à bien y regarder, le discours sur la valeur n’est pas l’apanage des sciences économiques. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un coup d’œil vers certains dictionnaires de langue française, notamment le dictionnaire Larousse qui fait référence à pas moins de dix définitions associées à des exemples. La valeur est attachée à ce que vaut un objet en argent ou en quantité, à ce qui est digne de respect moral ou intellectuel, à ce qui est considéré comme personnellement un idéal à atteindre, ce à quoi on tient, au jugement relatif à ce qui est bien ou mal, important ou peu important, etc. On en retient une notion aux multiples décors, passant du sens aux sens, à cheval sur l’appréciation objective et subjective, quantitative et qualitative, intuitive, personnelle et rationnelle. Peu étonnant alors que son champ d’étude dépasse les sciences économiques.

Le séminaire a alors permis, à travers les différentes interventions des chercheurs réunis, de mettre en évidence la nécessité de prendre en compte une pluralité de valeurs. Alors que les juristes ont mis en évidence l’évolution du droit dans ce domaine, en particulier la place croissante de la dimension non instrumentale de la biodiversité dans les règles de droit, la rénovation possible des catégories de biens et de la notion de propriété, ses évolutions nécessaires au contact des instruments de marché et de l’avènement des services écosystémiques, les écologues ont insisté sur la nécessaire prise en compte de la valeur scientifique de la biodiversité pour mieux « décider » et les philosophes ont mis en évidence les doutes quant à l’efficacité de l’action humaine dans ce domaine.

S’il est impossible, au terme de ce séminaire, de conclure que, accorder une valeur à la biodiversité, c’est garantir sa protection, il est en revanche incontestable que le fait de réfléchir et de mettre en évidence la pluralité de valeurs accordée à la biodiversité devrait conduire à l’avenir à renforcer sa protection.

Isabelle Doussan Sophie Gambardella Alexandre Zabalza Alain Papaux Gilles Boeuf Mustapha Mekki Jérôme Dubois Eve Truilhé-Marengo Julien Hay Mathilde Boutonnet Sophie Lavallée Emmanuel Putman Sandrine Maljean-Dubois Jérome Dupras Laurent Fonbaustier Charles-Hubert Born Quelle(s) valeur(s) pour la biodiversité ? - Fondation des Treilles Absent sur la photo : Vincent Devictor Absent sur la photo : Jean-Michel Salles
This entry was posted in Reviews. Bookmark the permalink.