Untranslatable Heritage Words

Participants :

Herman Batibo , Hamady Bocoum (organisateur) , Barbara Cassin (organisateur) , Moulaye Coulibaly , Fary Silate Ka, Sozinho Matsinhe (organisateur), Vincent Négri, Nathan Schlanger, Danièle Wozny (organisateur)

Intraduisibles_du_patrimoine_2013

Séminaire « Les Intraduisibles du patrimoine »
par Danièle Wozny
17-21 septembre 2013, Fondation des Treilles

Review (in French):

Résumé :

A travers la constellation des mots « musée » et « patrimoine » en sept langues – français, anglais, fulfulde, bamanakan, swahili, sukuma et tsonga -, leurs sens, leurs équivalents, leurs usages, les réseaux sémantiques auxquels ils participent, « Les intraduisibles du patrimoine », proposent quelques pistes pour alimenter la réflexion sur les enjeux du patrimoine dans un contexte mondialisé.

Si le patrimoine se décline en objets, en monuments, en forêts, en richesses animale et végétale, en traditions et récits, il se dit surtout en « mots ». C’est en mots que se définissent les critères (exceptionnel, universel, symbolique, intégrité, authenticité, identité, nature, culture,…) qui conditionnent la reconnaissance internationale d’un bien patrimonial par l’Unesco. Le patrimoine est donc indissociable de son expression linguistique ; comment s’opère alors le passage de la langue « internationale » qu’est celle de l’Unesco aux langues d’Afrique ? Comment les critères des Conventions de l ‘Unesco de 1972 et de 2003 pour la protection des patrimoines culturel et naturel et du patrimoine immatériel, qui fonctionnent en fait comme des concepts, font-ils sens en langues d’Afrique ? Comment contribuent-ils à une mise en visibilité du patrimoine et, de ce fait, prennent-ils place dans le politique ?

Les mots-clés : musée, patrimoine matériel, patrimoine immatériel, paysage culturel, valeur universelle, traduction, appropriation, valorisation

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En prenant comme point de départ sept langues – le français, l’anglais, le fulfulde, le bambara, le swahili, le sukuma et le tsonga – les ateliers ont exploré les points communs et les différences entre les traductions des mots « musée » et « patrimoine » dans ces diverses langues. Ils se sont attachés à analyser certains symptômes du décalage entre les dénotations et connotations du patrimoine et les efforts pour mettre en place des instruments normatifs permettant de gérer et protéger des biens patrimoniaux à « valeur universelle exceptionnelle ».

Les définitions du patrimoine comme les critères d’éligibilité ont eu essentiellement pour sources les réflexions portées par l’Unesco et les instances européennes sans prise en compte particulière d’autres traditions ou analyses de la relation complexe et mouvante entre patrimoine, histoire, mémoire et identité. L’ampleur de l’action patrimoniale, menée le plus souvent en urgence par l’Unesco, a eu tendance à masquer le fait que les façons dont on conçoit le patrimoine, les notions qu’il recoupe et les objets qu’il désigne diffèrent selon le lieu, le temps et l’univers linguistique dans lequel il prend forme.

Car si le patrimoine se décline en objets, en monuments, en forêts, en richesses animale et végétale, en traditions et récits, il se dit surtout en « mots ». Ce sont des mots en langues qui ancrent les patrimoines dans les cultures. C’est aussi en mots, cette fois dans les langues de l’Unesco, que se définissent les critères (exceptionnel, universel, immatériel, intégrité, authenticité, identité, nature, culture,…) qui conditionnent la reconnaissance internationale d’un bien patrimonial et sa valorisation comme instrument du développement économique local.

Les possibilités de traduction ont été d’emblée comprises comme indispensables à une appropriation des logiques et des enjeux patrimoniaux à l’échelle des populations et des communautés: comment dit-on ‘musée’ et ‘patrimoine’ dans les grandes langues transfrontalières véhiculaires d’Afrique? L’étude des traductions de ces deux mots-clefs montre l’ampleur des difficultés à pallier pour donner un sens local à un vocabulaire « mondial ».

La réappropriation de ces notions à travers les langues pourra non seulement permettre une meilleure protection des patrimoines matériels et immatériels, mais aussi contribuer à leur valorisation sociale, culturelle et, pourquoi pas, économique.

Dans les séminaires sur « Les intraduisibles du patrimoine », s’est opéré un travail sur la différence des langues, de manière pluraliste et comparative en partant des symptômes que sont les « intraduisibles », non pas au sens de ce qu’on ne traduit pas, mais au sens de ce qu’on ne cesse pas de traduire, et en considérant les langues non seulement comme visions du monde mais comme fabrications de mondes.

A travers les mots, leurs sens, leurs équivalents, leurs usages, les réseaux sémantiques dans lesquels ils s’inscrivent, « les intraduisibles du patrimoine », proposent quelques éléments de réflexion. Ces pistes aident à identifier des principes endogènes de protection du patrimoine dont les législations africaines pourraient s’inspirer, et à trouver les voies d’une coopération interafricaine comme d’un dialogue renouvelé avec l’Unesco. Par un effet retour, on peut penser que les langues d’Afrique (et bien sûr d’autres continents) pourraient féconder la réflexion de l’Unesco sur ses propres concepts, et par là même complexifier ses universaux.

Danièle Wozny Hamady Bocoum Herman Batibo Barbara Cassin Fary Silate Ka Moulaye Coulibaly Nathan Schlanger Sozinho Matsinhe Vincent Négri Intraduisibles du Patrimoine - Fondation des Treilles
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