The Middle Ages and the Renaissance at the College de France

Presence of the Middle Ages and the Renaissance in the teaching of professors of the College of France in literature, history, linguistics, history of art and philosophy.

Participants

Ursula Bähler, Dominique Barthelemy, Odile Bombarde, Patrick Boucheron, Antoine Compagnon, Alain Corbellari, Marianne Derron-Corbellari, Denis Crouzet, Lino Leonardi, Denis Maraval, Carlo Ossola, Charles Ridoux, Pierre Toubert (Organisateur), Andrea Valentini, Harald Weinrich, Michel Zink (Organisateur)

Compte-rendu (in French)

Le Moyen Âge et la Renaissance au Collège de France
par Michel Zink
18-23 juin 2007

Grâce à la générosité de la Fondation, les professeurs Pierre Toubert et Michel Zink, tous deux membres de l’Institut, ont réuni une quinzaine de chercheurs pour des journées d’études sur la présence du Moyen Âge et de la Renaissance dans l’enseignement des professeurs du Collège de France, passés et présents, en littérature, histoire, linguistique, histoire de l’art et philosophie. Cette rencontre avait lieu dans le cadre de la préparation d’un volume, à paraître aux éditions Fayard, qui rassemblera les leçons inaugurales au Collège de France portant, tout ou partie, sur le Moyen Âge ou sur la Renaissance. Le travail était en cours dès avant cette rencontre des Treilles, qui a été extrêmement utile. Non seulement la confrontation entre les médiévistes et les spécialistes de la Renaissance a permis de soulever et de résoudre les questions d’organisation du volume (choix des leçons inaugurales, appareil de notes, notices biographiques), mais encore les discussions fructueuses entre ces spécialistes de domaines différents ont mis en relief les spécificités de la recherche au Collège de France : le caractère précurseur de certains enseignements ou de certains intitulés de chaire, le reflet qu’ils ont pu donner des questions qui agitaient la société de leur époque (dans le cas par exemple de Paulin Paris et de son fils Gaston Paris), la qualité de création littéraire tournée vers une rhétorique de l’oralité (Georges Duby) sont apparus avec évidence.

Les professeurs Harald Weinrich, Carlo Ossola, et Antoine Compagnon, du Collège de France, participaient à ces journées, de même qu’Ursula Bähler (Université de Zurich), Dominique Barthélémy (Université de Paris IV-Sorbonne, École Pratique des Hautes Etudes), Odile Bombarde (maître de conférences, Collège de France), Patrick Boucheron (Université de Paris IV-Sorbonne), Alain Corbellari (Université de Lausanne), Marianne Corbellari-Derron (Université de Berne), Denis Crouzet (Université de Paris IV-Sorbonne), Lino Leonardi (Université de Sienne), Denis Maraval (Éditions Fayard), Charles Ridoux (Université de Valenciennes), Andrea Valentini (A.T.E.R., Collège de France). Enfin, la présence de M. Denis Maraval, directeur éditorial des Editions Fayard, a permis, comme on le disait, de trouver des réponses immédiates à de nombreuses questions touchant l’organisation et la présentation du volume lui-même.

Les quatre jours du colloque ont permis de porter un nouveau regard sur la naissance au 19e siècle de la philologie et des études médiévales, sur leur développement et sur leurs rapports avec la littérature et l’histoire ainsi qu’avec la société de leur temps.

Le mardi 19 juin a été consacré aux chaires de langue et de littérature françaises médiévales, aux enjeux théoriques les concernant et à leur rôle dans le panorama culturel français. Après un exposé d’ouverture de Michel Zink, qui a fait le point de la situation et a ouvert des perspectives nouvelles (Les enjeux de la philologie médiévale à travers les leçons inaugurales du Collège de France), Ursula Bähler a souligné l’importance de Paulin Paris et de Gaston Paris pour la fondation et le succès des études philologiques françaises, ainsi que les divergences qui séparaient le père, encore lié à une vision romantique et conservatrice de la littérature, et le fils, promoteur des études « positivistes » (De Paulin Paris à Gaston Paris. L’élaboration d’une conception française de la philologie). Charles Ridoux a parlé, pour sa part, des réformes scolaires et surtout universitaires de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, et de l’influence qu’ont pu exercer sur celles-ci certains professeurs du Collège de France (La philologie médiévale et la réforme universitaire à la fin du XIXe siècle : le rôle du Collège de France). L’après-midi, Alain Corbellari a analysé l’influence du grand médiéviste que fut Joseph Bédier sur deux de ses successeurs directs ou indirects, Edmond Faral et Félix Lecoy (Bédier a-t-il eu des disciples ?). Lino Leonardi, pour sa part, a confronté deux méthodes d’édition des textes, qui reflétaient deux conceptions de la philologie et de la littérature, à travers l’étude des éditions du Saint Alexis par Gaston Paris et du Lai de l’Ombre et de la Chanson de Roland par Joseph Bédier (L’art d’éditer les anciens textes (1872-1929)).

Le lendemain, Marianne Corbellari-Derron a analysé les leçons inaugurales des grands germanistes du Collège de France et les positions de ceux-ci vis-à-vis de l’Allemagne, souvent hostiles (Moyen Âge et germanisme au Collège de France) ; puis Harald Weinrich, professeur honoraire de langues et littératures romanes, a retracé de façon émouvante son itinéraire intellectuel (Parcours d’un romaniste allemand).
La fin de la matinée et l’après-midi ont été consacrées aux discussions, autour de Denis Maraval, concernant le volume qui paraîtra chez Fayard : outre des décisions d’ordre pratiques, il a été convenu que les leçons inaugurales seraient présentées selon un ordre strictement chronologique, respectant ainsi l’esprit du Collège de France, où il n’existe pas de continuité des chaires et où l’intitulé de celles-ci, ajusté aux recherches les plus innovantes du moment, a quelquefois précédé de quelques décennies la reconnaissance par les universités de nouveaux domaines du savoir.

Le vendredi 22 a été consacré à l’histoire. Patrick Boucheron a montré, à travers l’étude de documents d’archives conservés à l’IMEC, que les livres de Georges Duby, minutieusement préparés par ses séminaires et ses cours au Collège de France, relevaient d’une fabrication savante de l’oralité, dépassant ainsi le cadre du travail académique pour devenir œuvre littéraire (La lettre et la voix : aperçus sur le destin littéraire des cours de Georges Duby au Collège de France, à travers le témoignage des manuscrits conservés à l’IMEC). Dominique Barthélemy a suivi le développement de certaines idées historiographiques à travers l’analyse d’extraits des leçons de Gaston Paris, de Paul Meyer, de Georges Duby et de Pierre Toubert (Points de vue sur la société chevaleresque). Denis Crouzet, pour sa part, a étudié les personnalités de Fernand Braudel et de Lucien Febvre et leurs relations, telles qu’elles apparaissent dans leurs leçons inaugurales (Lucien Febvre et Fernand Braudel : deux leçons).  Enfin, Pierre Toubert a rappelé le souvenir de ces historiens qui, sans que leur chaire comporte dans son intitulé le terme de « Moyen Âge » ou de « médiéval » (la première chaire d’histoire du Moyen Âge a été créée, sous l’intitulé« Histoire des sociétés médiévales », pour Georges Duby en 1970), se sont occupés de cette période : ainsi Daunou, Laboulaye, Flach, Levasseur sont de ces « médiévistes cachés » (Aux voisinages du Moyen Âge). Dans la dernière conférence, Carlo Ossola a confronté l’idée d’une rupture entre le Moyen Âge et la Renaissance à celle d’une continuité (Moyen Âge et Renaissance : continuité et discontinuité historiographique).

Les participants ne diront jamais suffisamment à la Fondation des Treilles toute leur reconnaissance. Leurs discussions, favorisées par le cadre exceptionnel et l’atmosphère chaleureuse de la Fondation, ont été extrêmement fécondes. C’est à cette session que le volume projeté devra d’être réalisé dans des délais relativement brefs et de présenter une véritable cohérence.

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