Surfaces

Liste des participants

Claude Amra, Serge Berthier, Henri Broch, Centi Gabriele, Christophe Coperet, Carole Deumié, Catherine Flecniakoska, Jean-Louis Flecniakoska, Frédérique Girard, Malcom Green, Jane H. Larsen, Marc Ledoux, Bernard Mourrain, Stéphane Mroczkowski, Guy Ourisson (1926-2006) (organisateur), David Quéré, Harm Heinrich Rotermund

Compte-rendu

Symposium « Surfaces »
10 – 16 juillet 2003

organisé par la Délégation aux Relations internationales
et la Cellule « Colloques »de l’Académie des Sciences

Compte-Rendu
par Guy Ourisson (26 mars 1926 – 3 novembre 2006)

Le Symposium « Surfaces » avait un objectif ambitieux : tenter d’intéresser pendant plusieurs jours un groupe très hétérogène, comprenant des scientifiques de domaines très variés, mais aussi des artistes, au travail des uns et des autres. Si le thème choisi, « Surfaces », s’est révélé tout à fait adéquat, il est probable que l’essentiel n’était pas là, mais dans le choix des participants qui a fait que ce Symposium soit un succès.

Le défi majeur était évidemment de faire vivre et travailler ensemble, dans le cadre extraordinaire des Treilles, un petit groupe de physiciens, informaticiens, chimistes, biologistes – entreprise déjà périlleuse – mais en outre plasticiens.  Tous, de leurs points de vue très différents, rencontrent dans leur activité quotidienne des surfaces, pour les représenter, les construire, les utiliser ou les expliquer.  Ils font partie de chapelles différentes, de diverses dénominations, n’utilisent ni le même langage ni les mêmes outils, et n’ont aucune raison de jamais se rencontrer sur le plan professionnel.  Aux Treilles, ils ont tous participé activement à la totalité du programme.
Comme prévu – ou au moins espéré-, les qualités humaines et l’excellence professionnelle des participants, leur curiosité pour ce qu’ils ne connaissaient pas, leur désir de partager leurs connaissances et leurs interrogations, ont permis que cet objectif soit magnifiquement atteint.

Pourquoi avoir proposé le thème, « Surfaces », alors que rien dans ma propre activité scientifique ne tourne autour des surfaces ?  Essentiellement parce qu’au hasard de mes lectures, j’ai eu l’impression que nous trouverions aisément des participants européens « de très haut niveau » ayant récemment apporté des contributions originales à notre compréhension, à notre appréhension ou à notre utilisation des surfaces.  On verra, par la brève analyse du programme et des discussions, que cet espoir a été comblé.  Mais je suis persuadé que de très nombreux thèmes différents auraient pu être choisis avec le même succès.

Le compte-rendu que voici ne s’étendra pas sur l’étonnement des participants devant la perfection de l’accueil reçu aux Treilles.  J’étais le seul à en avoir déjà bénéficié ; nos invités n’ont pas caché leur surprise ni modéré leur enthousiasme.  Mais c’est là une banalité…

Le premier exposé était celui de Serge Berthier, qui travaille à Paris sur les aspects physiques des colorations des insectes.  Papillons, carabes, buprestes, chrysomèles, abeilles solitaires, punaises, cantharides, cétoines, libellules : quelle débauche de couleurs et d’éclats !  Couleurs d’avertissement, couleurs de camouflage, couleurs de leurre, couleurs de séduction, et toujours couleurs de surface.  L’exposé de S.Berthier ne touchait pas aux colorants moléculaires des insectes (il existent : ptérines, caroténoïdes, dérivés polypyrroliques…), mais aux colorations physiques de surface, dues à des structures épidermiques complexes conduisant à des interférences, à des effets optiques subtils et impressionnants.  Il a d’autre part, lors de notre dernière demi-journée, présenté deux magnifiques petits films, l’un sur une aile de papillon, l’autre sur la peau d’une main humaine, toutes deux vues en un zoom plongeant révélant finalement leur structure ultra-microscopique.  Le second de ces deux films illustrait aussi à merveille l’étude de la peau comme objet de la cosmétique, que nous a présentée Frédérique Girard. Peu d’entre nous pouvaient soupçonner la variété et la complexité des méthodes physiques utilisées pour évaluer les divers effets de cosmétiques sur la peau. Cette intervention n’était pas la seule à aborder les aspects pratiques et économiques des études de surfaces, et Gabriele Centi a par exemple présenté un panorama de l’importance des réactions de catalyse hétérogène (donc sur des surfaces solides) dans diverses branches de l’industrie.

Mais revenons à la partie de la réunion qui a dû surprendre le plus ceux des participants qui avaient seulement l’habitude de symposiums scientifiques purs et durs.  Deux enseignants et praticiens d’Arts plastiques (donc, peintres pour le dire simplement, enseignants à l’Université Marc Bloch et à l’IUFM de Strasbourg), Jean-Louis Flecniakoska et Stéphane Mroczkovski, se sont attachés à analyser le rôle de la matière et de la préparation des surfaces d’apprêt, des fonds, des couleurs, dans leurs œuvres personnelles et dans celles de peintres célèbres. Les dossiers remarquables qu’ils avaient préparés pour le symposium constituent des documents originaux impressionnants par le travail qu’ils ont exigé, mais aussi par l’intérêt et le sérieux des présentations qu’ils ont permises.  Pour la plupart des participants, comme pour moi-même, c’était la première fois que nous pouvions entendre des artistes décrire leurs raisonnements et leurs réactions personnelles vis-à-vis de leur travail et, bien qu’ils aient centré leurs réflexions sur les aspects liés à la surface de leurs œuvres, leur auto-analyse et l’examen de l’œuvre de peintres célèbres comme Mondrian, Klein, etc.  à laquelle ils ont procédé nous a appris beaucoup sur leur manière de travailler et sur les problèmes techniques qu’ils rencontrent.

A l’opposé des surfaces des artistes, peut-être – ou en tout cas fort loin d’elles – , se trouvent celles des informaticiens, avec leurs quadrillages, leurs couleurs acidulées et la possibilité de les examiner sous tous les « angles ».  La proximité de Sophia-Antipolis, centre majeur de la recherche informatique en France, nous avait conduits à y inviter deux chercheurs, dont l’un n’a malheureusement pas pu venir.  Bernard Mourrain a présenté le point de vue algébrique de la représentation de surfaces, dont certaines sont d’une complexité telle que, sans l’aide de représentations graphiques animées, il est impossible de se les représenter.  C’était là une excellente introduction à un exposé totalement différent, celui de David Quéré qui a commencé par nous montrer la « vraie » forme d’une goutte de pluie**.  Il a également réalisé devant nous quelques expériences très simples, montrant à quel point notre bon sens peut être insuffisant pour nous faire prévoir le résultat de changements majeurs dans notre univers immédiat : l’évolution de systèmes aqueux rendus « hyperhydrophobes » conduit à des « billes » liquides fort éloignées d’objets dont nous ayons l’expérience, sauf… si vous avez vu des gouttes de pluie posées sur des feuilles de lotus ou même simplement de chou à choucroute…

Deux physiciens marseillais, Claude Amra et Carole Deumié, avaient choisi de ne présenter qu’un seul exposé, en se relayant.  Grâce à eux, nous avons d’abord pu constater avec plaisir que Marseille disposait maintenant d’une Ecole d’Optique tout à fait remarquable.  Surtout, nous avons été initiés à une variété impressionnante de techniques d’analyse de surfaces et de poudres dont la plupart d’entre nous, ceux qui sont le moins directement en contact avec l’optique moderne, ignoraient l’existence.

Par contre, si les chimistes de l’assistance étaient plutôt familiers des aspects généraux des problèmes relatifs à la catalyse hétérogène discutés par Harm Hinrich Rotermund, Marc Ledoux, Gabriele Centi, Jane Larsen et Christophe Copéret, aucun ne pouvait prétendre en mesurer la sophistication, ni l’importance pratique.  Il leur était difficile de maintenir, avec un groupe compact de 5 exposés convergents, notre objectif de non-spécialisation, et pourtant c’est ce qui a été réussi grâce à eux.  Pour plusieurs d’entre nous, c’était une première démonstration de la possibilité de voir des atomes de surface, de les voir bouger, de voir des réactions se dérouler, en temps réel et avec les agrandissements étonnants réalisés par diverses microscopies.  Un peu en  marge de ce domaine, Malcolm Green, FRS, nous a surpris en présentant, lui le pape d’un autre domaine, des systèmes constitués d’atomes inclus dans des nanotubes de carbone, offrant le maximum de surface concevable – et maintenant réalisés. C’était un bel exemple de cette branche de la science en plein essor qu’est la « nanoscience ».  On a ici un lien étroit avec le précédent Symposium organisé aux Treilles dans le même esprit, par les mêmes personnes à l’Académie, et qui portait l’an dernier sur la « Physique de molécules isolées ».

Enfin, bien qu’il n’y ait aucun rapport entre le thème annoncé du symposium et les phénomènes para-scientifiques, (fantômes, poltergeists, divination, perception extra-sensorielle, médecines parallèles…),   nous avons eu le privilège d’un exposé du Professeur niçois Henri Broch, le propagateur, trop peu connu en dehors d’un cercle d’afficionados, de la zététique (qui vide : terme présent dans le Littré, et même dans le Robert***).  Cette leçon de rationalisme sceptique et raisonnable a été très appréciée.

Nous avions demandé à Catherine Flecniakoska, responsable du service audio-visuel de l’Université Louis Pasteur, de conclure par une critique et des propositions pour améliorer le symposium qu’elle avait suivi de bout en bout.  Elle a l’expérience de l’organisation d’expositions scientifiques pour le grand public, de la présentation de la science, du Service Multimédias de l’Université Louis Pasteur. Mais nous avions mal calculé le temps, et elle n’a pas vraiment pu s’exprimer et lancer la discussion.  Sa proposition de créer un forum sur Internet n’a pas été détaillée, et aucune décision n’a été prise.  Nous n’allons cependant pas la laisser en paix et espérons qu’elle pourra nous faire part de ses réflexions, qui pourront servir à chacun d’entre nous – et peut-être à de futurs organisateurs de symposiums apparentés à celui-ci.

Les journées ont été studieuses, mais pas au pont d’épuiser les participants et de gêner les conversations hors-programmes ; celles-ci ont été nombreuses et intenses, que ce soit sur les problèmes d’organisation de la recherche européenne, sur la flore ou la faune locale****  sur la température de l’eau des piscines ou sur les reliefs de la Lune, révélés à ce groupe, qui ne comprenait aucun astronome, par l’un des excellents cuisiniers, avec le superbe télescope des Treilles.

Merci à la Fondation des Treilles !

Guy OURISSON
Juillet 03

* Dédié à la mémoire de Marie-Claire Dillenseger, décédée le 5 juillet 2003, après plus de 42 ans de service souriant, intelligent, quotidiennement indispensable, dans le Laboratoire de l’un des organisateurs.

** Elle n’est pas effilée…

*** Pour les curieux, cf. « Trésor de la langue française », http://zeus.inalf.fr/Dendien/scripts/tlfiv5/advanced.exe?33;s=2322954120;

****  Un blaireau, trois lièvres, un lapin, un autour, des palombes et un chat roux ont été inventoriés, ainsi que quelques centaines de papillons, une mante religieuse, plusieurs éphippigères, un sphinx du laurier…

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