Science et société : vers un dictionnaire des cultures scientifiques

Science et société : vers un dictionnaire des cultures scientifiques
par Jean-François Mattéi et Alain Trembleau
18-23 juillet 2005

Liste des participants

Michel Blay, Paul Clavin, Pierre Coullet, Raphaël Draï, Michel Dubois, Régis Ferrière, Jean-Luc Gaffard, David Guéry-Odelin, Michel Imbert, Jean-François Mattéi (Organisateur), Yves Pomeau, Maurice Porchet, Alain Trembleau (Organisateur), Sylvie Vauclair, Emmanuel Villermaux

Compte-rendu

La première journée, mardi 19 juillet, a été consacrée à la présentation des participants et à l’exposé de leurs points de vue respectifs sur la constitution du Dictionnaire projeté. Il a été convenu de mettre l’accent, d’une part sur la globalisation des connaissances actuelles qui accompagne la mondialisation des échanges économiques, d’autre part sur la pluridisciplinarité nécessaire à l’organisation d’un tel ouvrage. Plusieurs participants ont insisté sur la nécessité d’associer les questions scientifiques étudiées aux problèmes sociétaux qu’ils entraînent dans le public, du fait de leur connaissance erronée ou de leur ignorance complète. Dans les sessions suivantes, les débats ont porté sur les différentes disciplines représentées au colloque. Les physiciens ont présenté l’état de leur science et ont débattu sur l’importance des concepts à retenir, qu’il s’agisse des concepts classiques du XVIIe et du XVIIIe siècle, ou des concepts nouveaux, voire révolutionnaires, qui ont émergé au XXe siècle. Une attention particulière a été apportée à des questions spécifiques comme celles de « l’arc-en-ciel » ou du « problème des trois corps » afin d’affiner l’approche des théories scientifiques pour le grand public.
Les biologistes ont ensuite développé les thèses novatrices sur les origines, la multiplicité et l’évolution des êtres vivants (dont l’homme) dans le monde, l’interaction entre gènes et environnement, l’individuation, les problèmes de comportement, de communication et de population, l’histoire des écosystèmes, la modélisation ou les opérations de la conscience, etc. Lors de ces discussions, les questions du plan de l’ouvrage, de sa disposition thématique ou alphabétique, ont commencé à être soulevées sans connaître encore de réponse satisfaisante. La journée entière du mercredi 20 juillet a été consacrée à la reprise et à l’approfondissement de ces grandes questions physiques et biologiques. Le jeudi 21 juillet a vu l’intervention des spécialistes dans le domaine des sciences humaines, en économie, en droit et sciences politiques, en neurosciences et en philosophie. Certaines propositions de plan ont été discutées, comme les plans « Homme, Monde, Nature, Culture », « Pensée, Choses, Vie, Contexte » ou encore « Origine, Structure, Processus Direction », sans trouver un assentiment général.
C’est au cours de la dernière journée, Vendredi 22 juillet, qu’une nouvelle proposition a été faite pour envisager les concepts critiques de la science sous divers angles : concepts paradoxaux, concepts étranges, concepts baroques, concepts revisités, concepts mal enseignés, concepts renversants, concepts simulacres, concepts migratoires ou concepts polémiques. Le point de vue qui a prévalu alors est celui d’un dictionnaire résolument nouveau susceptible d’intéresser un large public par sa dimension pédagogique. Dans ce dessein, et pour convaincre les lecteurs de l’utilité des connaissances scientifiques, il a paru nécessaire d’insister dans la présentation de l’ouvrage sur la pertinence de concepts impertinents au regard de l’opinion commune, voire de la science classique, du fait de l’effet de surprise ou de l’incompréhension qu’ils entraînent. Lors de la dernière session, vendredi 22 juillet dans l’après-midi, les physiciens ont présenté une première liste de notions critiques comme « onde et corpuscule », « intrication quantique », « Big-bang », « trou noir », « énergie cachée » ou « ordre de grandeur » ; les biologistes ont insisté sur des concepts résolument nouveaux ou ayant été considérablement revisités comme « arbre de vie », « niche », « adaptation », « hérédité », « gène », « individuation », « plasticité », « croissance », « coopération et transition majeure », « Gaïa », « services des écosystèmes », etc. De façon parallèle, certains concepts de crise ou concepts critiques présents dans les sciences humaines ont été envisagés en économie (« anticipation », « adaptation », « concurrence », « convergence », « croissance », « entropie », « rationalité », etc), en sociologie (« coopération », « entropie », « idéologie », « mobilité », « norme et valeur », « désenchantement », « agrégation/effet émergent », « conflit », etc), en sciences politiques (« identité », « ordre », « société civile », « état », « mondialisation », etc), en psychanalyse et en philosophie (ainsi les notions problématiques de « déconstruction » ou de « non-philosophie »).
Après un accord général sur la nature du dictionnaire projeté, dans sa dimension objectivement critique et subjectivement surprenante, il a été décidé unanimement :

  1. de prendre rapidement contact, d’ici septembre 2005, avec les spécialistes des disciplines absentes au colloque, mathématiciens, chimistes, , informaticiens, géographes, géologues, linguistes, esthéticiens, historiens, anthropologues, etc.
  2. de proposer, pour chaque domaine d’objets et de recherches, une listes des concepts critiques fondamentaux qui permettent de construire à partir d’eux la discipline scientifique considérée.
  3. de demander aux participants de se retrouver régulièrement à Paris pour faire le point sur l’avancement du projet, en dehors de leurs communications régulières par le réseau Internet.
  4. de proposer à la Fondation des Treilles un nouveau colloque, en juillet 2006, pour finaliser ce projet de dictionnaire de telle sorte qu’il  puisse être réalisé dès l’année suivante.
  5. de nommer MM. Michel BLAY, Jean-François MATTÉI et Alain TREMBLEAU responsables du projet actuel et organisateurs du prochain colloque. Les deux premiers nommés prendront contact en septembre 2005 avec plusieurs éditeurs spécialisés pour leur proposer de constituer un ouvrage dont la nature est désormais clairement définie et acceptée par les participants du colloque des Treilles.

Paris, le 26 juillet 2005
Jean-François MATTÉI
Alain TREMBLEAU

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