Romanticism and Revolution(s). 1

Meeting around the origins and the intellectual and artistic consequences of the French Revolution…

Participants

Jean Baechler, Hélène Becquet, Laura Bossi, Thomas Bouchet, Jean Clair, Jean-Paul Clément, Daniel Couty (Organiser), Bernard Edelman, Eric Francalanza, Bruno Gaudichon, Pierre Glaudes, Adrien Goetz, Jean Goldzink, Sylvie Jeanneret, Robert Kopp (Organiser), François Legrand, Jean-Clément Martin, Alain Rey, Maryvonne de Saint Pulgent, Patrick Thierry, Anouchka Vasak, Daniel Widlöcher

Compte-rendu (in French)

Romantisme et Révolution(s). I
par Robert Kopp
24 – 27 septembre 2007

Ce colloque international et interdisciplinaire, organisé par Daniel Couty et Robert Kopp a réuni une vingtaine de spécialistes de disciplines diverses qui, tous, se sont interrogés sur les origines et les conséquences intellectuelles et artistiques de la Révolution française. Ainsi, le philosophe Jean Baechler et le linguiste Alain Rey se sont penchés le premier sur le concept de « révolution » et le second sur l’histoire du mot.

À leur suite, historiens de la littérature, historiens d’art, historiens de la musique ont tour à tour choisi un auteur ou une période afin d’examiner dans le détail les implications entre le politique et la création artistique.

Le colloque « Romantisme et Révolution(s) I » entend faire un état des lieux romantiques en France de 1789 à 1889. Non par un ressassement de débats cloisonnés à l’intérieur d’une même discipline, mais par un échange entre disciplines, qui permet d’enrichir la compréhension d’une approche à la lumière des éclairages des autres approches.

On lit encore souvent dans les manuels que le romantisme français s’écrit entre 1820 – date de publication des Méditations poétiques de Lamartine – et 1843 – année où Les Burgraves échouent. Rigidité chronologique qui ne tient pas compte de ce que disaient les écrivains du XIXe siècle eux-mêmes. Ainsi Chateaubriand, au Livre XIII de ses Mémoires d’outre-tombe, constatait-il que « la littérature qui exprime l’ère nouvelle n’a régné que quarante ou cinquante ans après le temps dont elle était l’idiome ». Et une vingtaine d’années plus tard, Hugo dans William Shakespeare : « La Révolution, toute la Révolution, voilà la source de la littérature du XIXe siècle. » Il nous a donc paru utile d’ouvrir notre réflexion en nous interrogeant sur la perception des tremblements révolutionnaires : révolution politique, esthétique, juridique, médicale, philosophique…

Révolution : le mot en ses diverses significations et conceptions traverse tout le siècle et ne cesse de hanter ses « enfants ». Révolutions : de 1789 à 1830 – qui voit les romantiques triompher à la scène après quelques années d’hésitation où les clivages politiques s’opposaient à l’union des novateurs esthétiques – puis 1848, – qui ouvre une nouvelle et très courte période d’illusions et voit le romantisme abandonné par nombre de ceux qui furent ses farouches défenseurs – et enfin 1870 où le romantisme se voit contesté, raillé, et ne sert plus que de référence négative aux nouvelles esthétiques qui se construisent contre lui, la vie du romantisme est scandée par les « émotions » qui traversent le siècle. « Expression de la société » selon le mot de Mme de Staël, le romantisme, pris dans une extension chronologique large, accompagne ainsi les mouvements du temps, triomphant du classicisme épuisé avant de céder la place à d’autres courants esthétiques.

Cette première session part donc des origines : origine du mot, du concept, de l’événement. Si la littérature est quasiment absente de l’expression révolutionnaire – hormis les textes pamphlétaires ou les discours – il n’en va pas de même de la musique – ni même de la peinture qui toutes deux cherchent à rendre l’atmosphère épique des temps. Mais ces origines, les écrivains vont très vite les assimiler, les interroger, les projeter dans le champ littéraire : Chateaubriand, Maistre, Mme de Staël, Hugo, Baudelaire plus tard. Se dessine ainsi un parcours où des voix contradictoires se mêlent et s’opposent. Et si le regard porte désormais surtout vers l’avenir, d’aucuns ne cessent de vivre l’époque sur le mode de la nostalgie.

Mais la Révolution n’a pas seulement bouleversé l’ordre de l’Ancien Régime : elle a aussi ouvert la voie à des expériences nouvelles : les débats sur le droit d’auteur, dans leur complexité contradictoire, en sont une parfaite illustration. Tout comme les tentatives de construire une utopie libérée des errements révolutionnaires.

Reste que, sans la Révolution, le romantisme français n’eût probablement pas eu cette volonté de rompre avec le monde esthétique ancien. Aussi a-t-on pu parler de « préromantisme », terme aujourd’hui souvent remplacé par « Romantisme des émigrés » ou « Premier Romantisme ». Mais parler de « préromantisme » c’est faire fi de la Révolution, c’est considérer que si l’Histoire peut connaître des ruptures, l’esthétique ne saurait que progresser par glissements.  Comment, dès lors, classer un Ingres ?

La deuxième rencontre étudiera le passage de l’utopie au désenchantement, l’écart entre les promesses et leur réalisation et couvrira la période qui va de la Monarchie de Juillet jusqu’au Second Empire. La troisième, enfin, conduira du Second Empire au premier centenaire de cette Révolution dont tout est parti.

Les Actes du colloque « Romantisme et Révolution(s) I » ont été publiés en juin 2008 chez Gallimard. En voici le sommaire :

Daniel Couty et Robert Kopp
Avant-propos

Alain Rey
Un mot révolutionné ; un concept trahi

Jean Baechler
La révolution comme concept et réalité

Maryvonne de Saint Pulgent
Les musiciens dans la Révolution

Jean-Clément Martin
La Révolution française, une révolution romantique ?

Bernard Edelman
Génie, Révolution et droit d’auteur

Daniel Widlöcher
La « Révolution psychanalytique », une idéologie ou un concept épistémologique ?

Eric Francalanza
La Révolution moment « préromantique » de la littérature française ?

Pierre Glaudes
Joseph de Maistre et les droits de l’homme

Jean-Paul Clément
Chateaubriand, prophète du romantisme face à la Révolution

Jean Goldzink
Mme de Staël et les révolutions de l’esprit. Génies nationaux et progrès européen

Patrick Thierry
De trop faibles lumières : la révolution française vue d’Amérique

Anouchka Vasak
Révolution et aliénation : aux origines du « mal du siècle »

Hélène Becquet
Pèlerinage aux lieux d’exil : Légitimisme et Romantisme

Daniel Couty
Le Romantisme entre royalisme ultra et Révolution : le cas Hugo

Sylvie Jeanneret
La Révolution dans l’œuvre de Victor Hugo : les concepts à l’épreuve du devoir et du droit

Robert Kopp
Baudelaire et la « révolution romantique »

Thomas Bouchet
L’association sans révolution. Victor Considerant et l’École sociétaire

Bruno Gaudichon
Du Marat de David au Marat de Weerts

Adrien Goetz
Ingres, romantique sans le savoir ?

Laura Bossi
Palingénésies : de Charles Bonnet à Chenavard

Jean Clair
De Saturne à Staline. Figures du géant dans le monde moderne

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