Prix « Résidence pour la photographie » – Lauréats 2018

Le jury du Prix de la Résidence pour la photographie, présidé par Laura Serani et composé de Hassan Ezzaïm (Directeur de la Villa des Arts Rabat/Casablanca, Fondation ONA, Claire Lebel (membre du conseil d’administration de la Fondation des Treilles), Jean-Luc Monterosso (directeur de la Maison Européenne de la Photographie), Sarah Moon (photographe, réalisatrice), et Ricardo Vazquez (Directeur de l’Hôtel des Arts à Toulon), vient de désigner quatre lauréats pour l’année 2018 : Clément Chapillon, Stéphane Couturier, Safaa Mazirh et Corinne Mercadier.  Ils seront tous quatre accueillis aux Treilles durant l’année 2019.

Clément Chapillon

Clément Chapillon est un photographe documentaire français qui explore les liens entre les hommes et leur terre. Sa passion pour la photographie remonte à l’adolescence mais c’est en 2016 qu’il entreprend son premier projet au long cours, en Israël / Palestine où il adopte une démarche sensible qui mêle images et textes extraits d’interviews réalisées sur place. Après deux ans, ce travail prend fin et va être sélectionné à Tbilissi en Géorgie, à Circulations à Paris, aux Voies Off à Arles où il gagnera le prix Leica. Cette série a été exposée dans les Galeries Leica à Paris et au 104 (Circulations), au Willy Brandt Center (Jérusalem) et à la MAC (Créteil), elle est publiée dans de nombreux magazines (British Journal of Photography, L’Obs, Geo, Arte, Zeit, Ignant, Gup…). Ce travail a fait l’objet d’un livre « Promise Me a Land », édité par la maison d’édition allemande Kehrer Verlag. Plus récemment, Clément a été sélectionné par le British Journal of Photography (novembre 2018) pour réaliser une commission sur la « Wilderness » en Californie et vient d’être le lauréat du prix pour la photographie de la Fondation des Treilles.

Son projet

IL EXISTE QUELQUE PART UN ROCHER IMMORTEL

“Les mythes n’ont pas de vie par eux-mêmes, ils attendent que nous les incarnions” Albert Camus.

L’île est un sanctuaire des sociétés humaines. C’est un objet géographique clos par la mer, qui conserve les identités, protège les modes de vie et sculpte sans cesse sa singularité. Les “îliens” ont à cet égard une relation unique à leur île, à leurs paysages, à leurs coutumes et au temps. Mais l’île est aussi ce lieu de toutes les utopies et de l’évasion, largement fantasmé, une « réserve d’ailleurs ». J’ai découvert il y a une quinzaine d’années une île au cœur de la mer Égée, Amorgos. Ce fut un choc, “l’île absolue”, qui est devenue au fil des ans une nécessité et une obsession. J’y suis retourné encore et encore pour retrouver son aridité lumineuse, ses falaises irréelles, ses hommes démiurges, sa houle Homérique, ses légendes archaïques et son temps pétrifié… j’y ressentais une Méditerranée des origines, l’incarnation du mythe Grec. Mais n’était-ce pas une illusion ? Quelle est la part de la réalité et celui de la fiction dans cette île fantasmée ? Nikos Gatsos, un poète surréaliste a écrit en 1943 son unique et éblouissante œuvre « Amorgos », sur la seule évocation de ce nom, sans jamais y avoir été, certain qu’il « existe quelque part un rocher immortel”. J’aimerai explorer cette double dimension de l’espace géographique et mental pour composer un témoignage photographique qui oscille constamment entre la poésie et le vernaculaire, entre les icônes d’hier et la Grèce vivante d’aujourd’hui. Un récit documentaire qui collecte les fragments bien réels d’un territoire pour mieux en explorer son imaginaire.

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Stéphane Couturier

La ville, l’industrie, les paysages construits sont les sujets de prédilection de Stéphane Couturier. Ce double aspect – l’investigation documentariste indissociable de la recherche plasticienne – caractérise son œuvre photographique.
Son travail révèle les différentes couches de temporalités qui structurent les centres urbains. La ville y est comparable à un organisme vivant en perpétuelle mutation.
A partir de 2004, avec l’arrivée du numérique, il décide d’expérimenter des images hybrides avec la série Melting Point. Ces œuvres nous plongent dans un entre-deux, entre document et fiction, entre réalité tangible des choses et réalité virtuelle de leur mouvement, de leur devenir.
Depuis 2011, il se penche sur Alger et les cités de logements construits par Fernand Pouillon. Avec cette série, il nous incite à regarder les brèches et les aspérités des explosions urbaines du XXIème siècle et de ses populations.
En 2018, sa série sur la ville de Sète et les échos faits à l’œuvre de Fernand Léger, se caractérise par une fragmentation de l’image. Tensions dynamiques et hybridations colorées, aboutissent à une entreprise de déconstruction de la photographie.
La photographie n’atteste plus, elle invente.

Son projet : « Les murs d’Alger »

L’étude des formes architecturales de la Kasbah d’Alger sera le  point de départ de ce travail sur Alger. Ces formes sont un vecteur qui permet de relier les périodes précoloniales, coloniales et postcoloniales d’Alger.

« Les murs d’Alger » voudrait documenter cette complexité du tissu urbain écartelé entre l’authentique, le mimétisme et le camouflage.
Deux axes seront étudiés :
– un premier axe constitué des seuils urbains où architecture coloniale et Kasbah se touchent.
– un second axe tentera, avec la notion d’urbain informel, de saisir la fabrique du « nouvel Alger » entre le légal et le légitime en étudiant les  sédimentations temporelles de la Kasbah.

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Safaa Mazirh

Née le 07-06-1989 à Rabat, Safaa Mazirh vit et travaille à Rabat

Artiste, autodidacte, est confrontée à la photographie dans le cadre des ateliers de l’association fotografi’art qui regroupe à Rabat plusieurs jeunes photographes. Fascinée par les mouvements du corps sur scène, elle a rapidement engagé un travail sur cette thématique pour plusieurs compagnies de théâtre.

Des spectacles, Safaa Mazirh a su retenir l’art de la mise en scène, en construisant en quelques mois un théâtre photographique du réel nourri des éléments de son histoire et d’une indispensable volonté d’expression artistique. Dans ce travail aux références subtilement comprises, le corps, évoqué par les poupées, ou le corps physique, montré sans travestissement, occupe une place centrale. Mais c’est d’un corps sujet dont il s’agit ici. Celui qui, devenu l’instrument d’un récit dépasse l’évident rapport à l’intimité, par une très forte capacité à faire œuvre. Image après image Safaa Mazirh construit une formidable et saisissante expérience artistique finalement élaborée dans l’entremêlement du réel et de son rêve.

Son projet : « Amazigh revisité »

De tout temps, le tatouage a été une coutume chez les femmes amazighs et qui​​ exprime la philosophie du passage de la nature à la culture, du passage de l’oral à l’écrit, ou à la différence… Ainsi, le tatouage est une expression de l’identité, de l’entité, de la civilisation, la continuité historique de l’existence de la personne amazighe sur les terres de Tamazigh.  Ainsi, dans la culture amazighe, les tatouages ​​ont acquis plusieurs fonctions : esthétique, magique, thérapeutique, sexuelle, anthropologique, physique, sociale, psychologique, existentielle…. Ainsi l’homme amazigh, s’est davantage attaché à la philosophie du tatouage, qui exprime son identité et ses spécificités culturelles et civilisationnelles.

La série « Amazigh revisité » est née d’abord par besoin personnel, celui de mon identité et ma culture Amazigh. J’étais toujours fascinée par les formes et la beauté des symboles Amazighs et la curiosité de connaître leurs sens. Je veux recréer ce langage magique et ésotérique et redonner vie à cette écriture féminine. La série Amazigh compile à la fois les symboles et le corps qui s’impose naturellement dans ce processus de recherche.

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Corinne Mercadier

Corinne Mercadier vit et travaille à Paris, elle est représentée par la galerie Les filles du calvaire, Paris.
Elle réalise des mises en scène photographiques, et porte autant d’intérêt à la danse qu’à l’architecture et aux espaces intersidéraux. Elle réalise les costumes et les sculptures destinées à être lancées au cours des prises de vue.

Expositions personnelles, prix et publications (extraits):
2006 et 2008 Galerie Alan Klotz, New York – 2013 finaliste du Prix de l’Académie des Beaux-Arts – 2014 « Wicked gravity » Fotografiska, Stockholm, Suède – 2015 Festival Planche(s) contact Deauville – 2016 Espace Leica Paris, Rencontres de la photographie à Arles – 2017 « Les photographiques  » Le Mans, « Lontano », Abbaye de Jumièges ; L’Avenue, Shanghai – 2018 Rétrospective, Rencontres de la jeune photographie internationale, Niort.
Aux éditions Filigranes : « Où commence le ciel ? », « Dreaming Journal », une monographie, et « Devant un champ obscur ».

Son projet : « Transe, divination, métamorphose, passion : personnages féminins inspirés de la mythologie et de l’Antiquité grecque ».

Artiste consciente du statut souvent terrible des femmes que véhiculent ces récits légendaires, j’ai choisi cependant de ne pas tenir compte de leur sens dans la société grecque antique, ni de faire un travail de dénonciation. Je me suis intéressée plutôt à la capacité des mythes à évoluer perpétuellement, comme on peut le voir dans la littérature et l’histoire de l’art.
Je cherche à prendre part à cette mobilité à travers la fabrication d’images, et construire une interprétation contemporaine de ces incarnations féminines de prodiges, qu’elles soient muse, princesse, déesse, nymphe ou femme humaine, en les situant dans un espace poétique où chacun peut reconnaître des thèmes universels.
Ce qui donnera lieu à des représentations métaphoriques dans des architectures vernaculaires ou aristocratiques, militaires ou industrielles, en Languedoc et en Provence.

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