More than one language: the philosophical translation from French to Russian compared with the Ukrainian translation

Participants :

Andrii Baumeister, Tatiana Boroday (organisateur), Barbara Cassin, Pierre Caussat, Volodymyr Iermolenko, Oleg Khoma, Françoise Lesourd, Viktor Malakhov, Charles Malamoud, Bernard Marchadier, Alexander Markov, Daria Morozova, Oleksiy Panych, Oleksiy Sigov, Kostyantyn/Constantin Sigov (organisateur), Andrii Vasylchenko, Iana Vestel, Iurii Vestel, Anna Yampolskaya, Serhii Yosypenko

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Résumé :

Le but principal de ce séminaire était, à partir du Dictionnaire européen des philosophies, de trouver des correspondances entre les terminologies de la philosophie et des sciences humaines en usage en français, en ukrainien et en russe.

Les participants ont constaté que la terminologie philosophique moderne ne pouvait pas être traduite si l’on ne partait que d’une seule période historique de la langue. Le problème de la traduction est celui de l’invention du langage. Il est donc nécessaire, si l’on ne veut pas rejeter une tradition désormais dépassée, d’observer une certaine distance avec la langue officielle et d’associer les tâches du traducteur aux objectifs du poète.

Mots-clés : traduction, terminologie philosophique, russe, ukrainien, polysémie

Compte rendu :

Au cours de cette rencontre,  les participants ont pris en compte le développement historique propre à chacune de ces trois langues :

  • Pour exprimer des idées nouvelles, la terminologie philosophique française s’est appuyée sur la scolastique latine.
  • Historiquement, la terminologie philosophique ukrainienne remonte à la théologie et à la métaphysique médiévale, ainsi qu’aux innovations radicales introduites au moment de la création de la langue nationale.
  • De manière générale, la langue russe s’est appuyée sur les terminologies issues de traditions diverses ; d’où un certain éclectisme, en même temps qu’une grande capacité créatrice en matière de terminologie scientifique.

Ils ont constaté que la terminologie philosophique moderne ne pouvait pas être traduite si l’on ne partait que d’une seule période historique de la langue. Le problème de la traduction est celui de l’invention du langage. Il est donc nécessaire, si l’on ne veut pas rejeter une tradition désormais dépassée, d’observer une certaine distance avec la langue officielle et d’associer les tâches du traducteur aux objectifs du poète. Il a été mis en évidence que, pour obtenir une traduction correcte, il fallait tenir compte des éléments suivants :

  1. Les origines indo-européennes communes du français, de l’ukrainien et du russe. Cet héritage partagé permet d’exprimer des idées à l’aide de formes de mots souples, en utilisant les connotations des verbes et substantifs. Il suffit, pour faire comprendre, de renvoyer à l’étymologie des mots.
  2. L’héritage de la philosophie classique. La philosophie classique ne s’est pas développée avec la langue mais à côté d’elle, en divisant le champ de la réflexion en domaines divers (ontologie, épistémologie, éthique, etc.) et en traitant ainsi distinctement des blocs conceptuels du discours. Une langue européenne doit donc, d’une part, retrouver les origines des termes et, d’autre part, prendre en considération son propre travail de création de nouvelles banches de la philosophie.
  3. L’héritage de la philosophie moderne. La philosophie européenne exploite les ressources de la langue, ressources dont la critique du langage fait partie. La syntaxe de  la philosophie continentale n’exclut pas la polysémie, alors que la tradition philosophique anglaise insiste sur l’unicité syntaxique. Traduire cette tradition exige donc d’apporter un commentaire supplémentaire et de recourir à un langage figuratif pour clarifier et réduire l’écart sémantique.
  4. L’héritage littéraire. La littérature des deux derniers siècles reprend les concepts philosophiques dominants et illustre leur échec. En même temps, elle révèle des nuances terminologiques non perceptibles dans la pratique courante. Par conséquent, la traduction philosophique doit tenir compte de la perception que les écrivains ont eue des termes philosophiques.
  5. Les méthodes des sciences humaines. Non seulement les sciences humaines se servent de la terminologie philosophique dans le domaine de la connaissance empirique mais, en s’en servant, elles constituent la réalité. La traduction est dans ce domaine un terrain d’essai pour créer des termes philosophiques.

Les langues philosophiques russe et ukrainienne ont des caractéristiques différentes.

Il y a eu plusieurs projets de création d’une langue nationale ukrainienne, notamment à l’époque soviétique. Comme, en matière de traduction à partir du français ou du russe, aucune distinction n’était généralement faite entre les niveaux de langue, l’adaptation de la terminologie française ou russe a souffert de nombreuses erreurs et confusions. Les traducteurs ukrainiens ont essayé de s’appuyer sur plusieurs traditions philosophiques. La traduction d’œuvres appartenant à ces traditions n’est pas sans stimuler ces dernières et permet de créer un système original de termes, en fonction de l’expérience que les traducteurs ont de la philosophie et de la théologie ukrainiennes.

La langue philosophique russe a été façonnée par l’idéalisme allemand, ce qui a eu pour effet de donner plus d’importance à la syntaxe qu’à la sémantique. Un même terme a souvent plusieurs sens, que le contexte explicite.

La nouvelle traduction philosophique doit avoir un caractère expérimental. Bien qu’il soit possible de traduire en français des œuvres de philosophie russe ou ukrainienne contemporaine, il faut élaborer, pour ces transferts, un style philosophique approprié. Sinon, les œuvres de philosophie et de sciences humaines ne seront plus distinctes, empêchant ainsi le lecteur français de se familiariser avec la philosophie contemporaine de l’Europe de l’Est.

Andrii Vasylchenko Oleksiy Panych Serhii Yosypenko Iurii Vestel Alexander Markov Andrei Baumeister Volodymyr Yermolenko (or Iermolenko) Charles Malamoud Viktor Malakhov Daria Morozova Iana Vestel Oleksiy Sigov Françoise Lesourd Anna Yampolskaya Kostyantyn (Constantin) Sigov Barbara Cassin Bernard Marchadier Pierre Caussat Oleg (Oleh) Khoma Tatiana Borodai (Boroday) Plus d'une langue : La traduction philosophique de français en russe, par comparaison avec la traduction en ukrainien
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