Modernes Arcadies – Les Treilles au coeur des utopies

Liste des participants

Maurice Culot (organisateur), Marc Dachy, Corrado De Giuli Morghen, Viviane Delpech, Bruno Foucart, François Goven, Claude Laroche, Claire Lebel, Jean-Baptiste Minnaert, Mihail Moldoveanu, Katia Pecnik, William Pesson, Bernard Toulier, Alice Verlaine Corbion, Harold Zellman

Mihail Moldoveanu François Goven Harold Zellman Jean-Baptiste Minnaert Marc Dachy Katia Pecnik Maurice Culot Viviane Delpech William Pesson Claire Lebel Alice Verlaine-Corbion Bruno Foucart Claude Laroche

Compte-rendu

Modernes Arcadies – Les Treilles au coeur des utopies
par Maurice Culot
14 – 19 mars 2011

Le colloque Modernes Arcadies  s’est déroulé à la Fondation Les Treilles du 14 au 19 mars 2011 sous la présidence de l’architecte Maurice Culot et du professeur Bruno Foucart.
Son objet était de replacer l’invention des Treilles et la dimension utopique que lui avait d’emblée conférée Michel Serres au moment de l’élaboration du projet («  une île de réflexion humaniste au milieu de l’effervescence du monde ») au sein de quelques autres utopies similaires ou proches. L’accent a été mis sur des domaines architecturaux qui ont un lien avec les arts et la littérature comme peuvent l’être le Vittoriale degli Italiani, résidence de Gabriele D’Annunzio sur le lac de Garde, la Quinta da Reigaleira au Portugal ou encore Taliesin East et West, les campus-ateliers de Frank Lloyd Wright.

Les journées de travail se  sont déroulées en présence  de 15 intervenants et de quelques invités. L’ensemble du personnel des Treilles a également pu  prendre connaissance, lors d’une session, de l’enjeu de ce colloque à la dimension artistique et sociale affirmée.

Au cours de la première journée, consacrée aux thèmes des Paradis perdus et de l’ésotérisme, l’historien et professeur J-B Minnaert a notamment retracé la genèse du domaine des Treilles en évoquant la personnalité d’Anne Gruner Schlumberger , celle de l’architecte Pierre Barbe et du paysagiste Henri Fisch. Mickael Moldoveanu a évoqué S’Agaro, un domaine d’exception créé au début du XXe siècle sur la Costa Brava par un industriel barcelonais et où cohabitent des vocabulaires architectoniques singuliers liés au noucentisme, au régionalisme, aux recherches pittoresques et aux différentes influences méditerranéennes. Dans le même registre de l’innovation architecturale liée au paysage et à la méditation,   François Goven a présenté les réalisations de Le Corbusier et d’Eileen Gray  au Cap Martin. La journaliste Katia Pecnik a fait revivre l’invention du village de Kustendorf par le cinéaste Emir Kusturica en Serbie.  William Pesson a ensuite présenté trois domaines marqués du sceau de l’ésotérisme : la Quinta da Regaleira au Portugal, le château des Avenières et le domaine de l’abbé Saunière en France.

La seconde journée, centrée sur les domaines de la littérature et les rêves d’autarcie, a permis d’écouter Claude Laroche à propos de la Villa Arnaga construite à Cambo au début du XXème siècle pour Edmond Rostand. Katia Pecnik a présenté la Villa Noailles construite par Mallet Stevens à Hyères et Marc Dachy a évoqué, avec  des extraits sonores, la figure de Gertrude Stein et celles de quelques dadaïstes. L’architecte californien Harold Zellman a fait revivre des moments  de la vie de Frank Lloyd Wright en relation avec la création de ses deux agences à Madison et à Scottsdale. Bernard Toulier a présenté l’œuvre de Lyautey à Casablanca et notamment la  Résidence et son devenir. Maurice Culot a présenté, autour de dessins significatifs, la maison d’Eliel Saarinen à Hivittrask en Finlande, replacée dans le courant de l’architecture romantique nationale. La soirée a été consacrée à la vision du film futuriste Things to Come, tourné en 1936 par Cameron Menzies.

La troisième journée était placée sous le thème de la musique en majesté. William Pesson a présenté, airs à l’appui, les relations entre Wagner et le roi constructeur Louis II de Bavière. Alice Verlaine a évoqué la figure du violiste Eugène Isaye et décrit l’histoire de la Fondation Reine Elisabeth à Bruxelles qui présente, dans le domaine musical, des similitudes stimulantes avec les Treilles. La soirée a été consacrée à l’observation des étoiles et à une leçon d’astronomie donnée par un membre du personnel des Treilles à la grande satisfaction des participants.

La quatrième et dernière journée a mis en scène les châteaux de la déraison. Viviane Delpech a fait revivre la personnalité d’Antoine d’Abbadie en son château fantasque d’Hendaye. Bernard Toulier a présenté le château de l’Anglais à Nice et Claude Laroche le château d’Ilbarritz au pays Basque et son étrange propriétaire, le baron de l’Espée. Michael Moldoveanu a décrit le parc d’attraction des Felici, dans les Pouilles, qui retrace à travers ses monuments imaginaires les étapes d’une civilisation antique tout aussi imaginaire. Enfin Marc Dachy a illustré une icône disparue de l’architecture dadaïste : le Merzbau, construction habitable de Kurt Schwitters.
Après le dîner de clôture, un petit spectacle théâtral  et musical conçu sous la direction de William Pesson,  « L’abbé S. aux Treilles »,   a retracé avec humour quelques moments des journées d’études.

Les exposés ont donné lieu à des débats d’autant plus passionnants qu’ils traitaient souvent de sujets encore peu connus. On peut seulement regretter qu’il n’ait pas été possible, compte tenu du temps et des disponibilités de chacun, d’évoquer quelques domaines essentiels, comme celui de D’Annunzio à Gardone Riviera, des colonies artistiques en Russie au début du XXème siècle, des maisons de Malaparte et d’Axel Munthe à Capri, de la villa Kérylos à Saint-Jean Cap Ferrat, de la villa Torlonia à Rome, du jardin des Tarots à Capalbio en Toscane de Niki de Saint Phalle, des fondations Serralves au Portugal, César Manrique à Lanzarote, Serbelloni sur le lac de Côme, et de bien d’autres domaines apparentés de près ou de loin à l’aventure des Treilles et au désir d’associer la beauté et la réflexion sur le devenir du monde. Les exposés seront rassemblés dans un ouvrage qui paraîtra en 2012.

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