Les mises en scène des sciences et leurs enjeux politiques

Participants :

Tiziana Beltrame, Bernadette Bensaude-Vincent, Marco Beretta, Andrée Bergeron (organisatrice), Charlotte Bigg (organisatrice), Mirjam Brusius, Robert Bud, Hugo Harari-Kermadec, Camilla Maiani, Claude Rosental, Jaume Sastre-Juan, Daniel Sherman, Geert Somsen

Les mises en scène des sciences et leurs enjeux politiques
par Andrée Bergeron et Charlotte Bigg
28 mai – 2 juin 2018

Résumé

Ce séminaire était consacré à un travail collectif autour d’un projet d’ouvrage centré sur l’analyse de l’articulation entre sciences, politique de la science et vulgarisation, dans une perspective transnationale au travers d’une étude des mises en scènes des sciences considérées dans un sens large (musées et expositions, y compris de sciences humaines, mais aussi spectacle, espace urbain, mises en nombre…). Il réunissait quatorze chercheurs et chercheuses dans une parité presque parfaite (dont  4 jeunes chercheurs et chercheuses) représentant un ensemble très diversifié de disciplines (anthropologie, économie, histoire, histoire des sciences, histoire de l’art, sociologie, muséologie, philosophie).

Mots-clés : Politiques des sciences ; musées et expositions ; histoire des sciences ; vulgarisation scientifique ; mises en scène.

Compte rendu

Dans le cadre splendide de la Fondation des Treilles, notre séminaire a rassemblé treize chercheurs et chercheuses (un quatorzième invité, convoqué à la même date pour une audition, ayant dû renoncer à venir) dans une parité presque parfaite. Ce groupe pourtant restreint se caractérisait par sa grande variété d’origines géographiques (Allemagne, Etats-Unis, France, Italie, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni) et disciplinaires (anthropologie, économie, histoire, histoire des sciences, histoire de l’art, sociologie, muséologie, philosophie).

Le séminaire avait pour objectif principal d’avancer dans la finalisation d’un livre collectif consacré à une histoire et une analyse, transdisciplinaires et transnationales, des enjeux politiques et culturels de la mise en scène des sciences du 19e siècle  à nos jours. Résultat d’un travail de fond réalisé depuis cinq ans dans le cadre d’un projet collectif dirigé par Andrée Bergeron et Charlotte Bigg, cet ouvrage centré sur les mises en scènes des sciences considérées dans un sens large (musées et expositions, y compris de sciences humaines, mais aussi spectacle, espace urbain, mises en nombre…) se focalise sur l’analyse de l’articulation entre sciences, politique de la science et vulgarisation dans une perspective transnationale. Il s’agissait moins ici d’écrire une histoire des institutions ou des politiques de la science et de sa communication que celle des rapports de force en jeu, sans ignorer les difficultés et ambiguïtés que chaque mise en scène implique, avec la volonté assumée d’inscrire les questionnements très contemporains liés aux mutations profondes qui affectent actuellement les institutions de recherche, d’enseignement supérieur et de médiation des sciences dans une perspective historique longue (19e et 20e siècles).

Étape essentielle de notre projet éditorial, le séminaire a permis aux contributeurs du volume et à des commentateurs sélectionnés de se réunir dans la perspective d’une meilleure coordination des chapitres individuels et de la préparation d’une introduction synthétique. La dimension transnationale et transdisciplinaire du volume rendait particulièrement importante cette étape de la réalisation, en permettant notamment une réflexion approfondie sur la manière dont les différentes approches et différentes traditions historiographiques nationales peuvent se coordonner, se compléter et contribuer à produire une analyse plus générale et plus nuancée des thématiques abordées dans le livre. L’approche par le biais des « mises en scènes » méritait également d’être débattue et d’être appropriée par chacun.

Le séminaire a parfaitement joué son rôle, qu’il s’agisse de la construction d’une culture commune ou de la discussion et la proposition de reformulations de chacun des chapitres. La forme adoptée pour le déroulement des travaux, en laissant la plus large place aux débats et aux échanges, a permis d’avancer avec une grande efficacité : les différents chapitres ont d’abord été rassemblés et diffusés en amont du séminaire ; puis pour chaque chapitre deux participants désignés au préalable avaient pour mission d’en faire le commentaire avant une courte intervention de l’auteur et une large discussion collective.

Notre séminaire a débuté par une conférence introductive de Bernadette Bensaude-Vincent  qui nous a présenté un panorama de l’évolution des raisons d’être des « mises en scènes » des sciences depuis le 19e siècle, dont l’une des fonctions serait de stabiliser et renégocier à chaque époque la position des sciences et des scientifiques dans la société.

Un découpage thématique temporaire avait été adopté pour l’organisation de la rencontre des Treilles.

La première section, intitulée « Conserver, commémorer, célébrer », s’est déroulée sous la présidence de Charlotte Bigg. La première contribution discutée était celle de Marco Beretta, consacrée à l’évolution des usages publics de la collection d’instruments de Lavoisier de la fin du 18e siècle à la période de l’occupation. Le texte suivant, de Mirjam Brusius, s’intéressait aux artefacts non-occidentaux dans les musées, à leur conceptualisation problématique et aux récits dans lesquels les musées les inscrivaient : de qui racontent-ils l’histoire ? Le troisième texte de cette section était centré sur une exposition jamais réalisée, celle qui devait traiter des sciences dans le cadre de l’exposition universelle prévue à Rome en 1942. Cet exemple permet de traiter de deux questions essentielles : l’usage des sciences dans un monde fasciste et l’intérêt que présentent pour le chercheur l’étude des projets avortés.

La deuxième partie, « Participer », était présidée par Robert Bud. La première proposition débattue a été celle de Jaume Sastre-Juan montrant tout l’intérêt qu’il y aurait à  écrire une histoire politique de l’un des concepts fondamentaux des musées scientifiques contemporains, l’interactivité.  La contribution de Jérôme Baudry et Bruno Strasser s’intéressait quant à elle à la « participation » dans les sciences et en proposait une typologie. Enfin, Daniel Sherman discutait la mise en spectacle de l’archéologie et ses liens avec l’histoire coloniale française, observés par le biais de l’étude des fêtes de Carthage au début du 20e siècle.

La troisième partie, présidée par Andrée Bergeron, était sans doute la plus expérimentale. Intitulée « Techniques de mise en scène », elle s’intéressait à des aspects en apparence situés à la marge de nos mises en scène et concernait dans son ensemble le très contemporain. Avec Tiziana Beltrame, nous sommes entrées dans l’envers du décor et nous nous sommes intéressées aux aspects les plus techniques de la gestion des collections, avec les effets de la numérisation et de la mise en base de données sur le sens même des collections muséales. Claude Rosental nous a, quant à lui, conduit vers le futurisme optimiste des « démos » dans un salon de l’innovation, son organisation spatiale et sa théâtralisation.  Hugo Harari-Kermadec, enfin, a abordé la question très contemporaine des enjeux de la quantification dans l’enseignement supérieur, montrant combien la mise en nombre était une véritable mise en scène.

L’ensemble des participants au séminaire se joint aux organisatrices pour exprimer leurs plus vifs remerciements à la Fondation des Treilles. La qualité de l’accueil de toute l’équipe, la beauté exceptionnelle du cadre, parmi tant d’autres choses, nous ont offert un moment d’exceptionnelles convivialité et sérénité sans lesquelles notre travail n’aurait sans doute pas été aussi fructueux. Nous en gardons tous et toutes le souvenir d’un moment rare, où il est possible de se dédier en toute quiétude aux échanges intellectuels autour d’un projet commun.

 

Textes discutés 

  • The chemical revolution on stage: two centuries of uses and public exhibits of Lavoisier’s collection of instruments (Marco Beretta, Université de Bologne);
  • Objects without Status between Middle Eastern Excavation Sites and Europe’s Museums (Mirjam Brusius, German historical institute, Londres);
  • Staging science in a Fascist World: The Exhibition Scienza Universaleat the E’42 in Rome(Geert Somsen, Université de Maastricht);
  • Historicizing ‘Interactivity’: Sensory Regimes and the Politics of Display (Jaume Sastre-Juan, Université de Lisbonne);
  • De la science amateur aux « Citizen Sciences » : la nouvelle dramaturgie de la participation dans la production des savoirs (Jérôme Baudry et Bruno Strasser, Université de Genève) ;
  • Staging Archaeology: Science and Empire at the 1906-07 Fêtes de Carthage (Daniel Sherman, Université de Caroline du Nord);
  • Techniques de classification et de numérisation au Musée de Quai Branly(Tiziana Beltrame, IFRIS, Paris);
  • La représentation quantitative des sciences, un outil de rationalisation du travail académique ? (Hugo Harari-Kermadec, ENS Cachan) ;
  • Mettre en scène des technologies dans un salon de l’innovation. Le cas Vivatech 2017 (Claude Rosental, CNRS, Paris).

 

Autres participants :

  • Andrée Bergeron (Universcience, Paris), organisatrice
  • Charlotte Bigg (CNRS, Paris), organisatrice
  • Robert Bud (Science Museum, Londres)
  • Camilla Maiani (Musée Curie, Paris)
  • Bernadette Bensaude-Vincent (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne)
Tiziana Beltrame Bernadette Bensaude-Vincent Marco Beretta Andrée Bergeron Charlotte Bigg Mirjam Brusius Robert Bud Hugo Harari-Kermadec Camilla Maiani Claude Rosental Jaume Sastre-Juan Daniel Sherman Geert Somsen Les mises en scène des sciences et leurs enjeux politiques et culturels (XIXe - XXe siècle) - The poetics and politics of putting science on display(19th - 21st century)-Fondation des Treilles
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