Hommage à Jacqueline Hyde

Plaque du laboratoire Jacqueline Hyde

 

Le 5 janvier 2015, en présence de ses proches, hommage a été rendu à Jacqueline Hyde,  grande photographe disparue le 12 décembre 2013 et dont la vie fut à la fois riche et exemplaire.

 

Née en 1922 à Berlin, d’une famille juive des Pays-Bas, Jacqueline passe son enfance et son adolescence à Paris, où elle fait ses études et commence son apprentissage de photographe. 

Au début des années 30, quelques années après la mort de son père, sa mère, Renée Heilbronner, prend la nationalité britannique pour se protéger et protéger ses trois filles (elle était née en Afrique du Sud, alors colonie britannique) .

Peu après le déclenchement de la guerre, la famille se réfugie en Angleterre et Jacqueline s’engage pendant 5 ans dans la Royal Air Force, travaillant pour les services secrets en déchiffrant les communications radio et téléphoniques des allemands. Elle prend alors le pseudonyme Hyde, qu’elle gardera toute sa vie.

Rentrée en France après la guerre, Jacqueline s’oriente vers une carrière de photographe, sur les conseils insistants de sa mère qui la présentera aux photographes Georges de Miré puis Paul Facchetti.

Elle poursuit sa formation en photographiant de nombreuses œuvres du Louvre pour le compte de la RMN puis pour une maison d’édition anglaise qui a le projet de faire paraître un livre de René Huyghe.

Dans les années 50, Jacqueline Hyde devient photographe indépendante spécialisée dans la reproduction d’œuvres d’art. Elle reçoit des commandes de la part de galeries qui exposent notamment les grands artistes des mouvements Dada et surréaliste, qui sont de retour à Paris : Max Ernst, Dorothéa Tanning, Victor Brauner, Hans Belmer…

Certaines de ses photographies des œuvres de Ernst, Magritte, Toyen, Tanning, Brauner, ainsi que des dessins de Breton, Nush, Eluard et Valentine Hugo se retrouveront dans l’ouvrage de référence sur le surréalisme de Patrick Waldberg.

C’est aussi la période où elle rencontre les photographes les plus célèbres de l’après-guerre : Man Ray, Gisèle Freund, Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau. Pourtant, Jacqueline ne les suivra pas dans leur démarche de recherches expérimentales et se consacrera à la fidèle reproduction des œuvres d’art, en essayant de rendre à l’image une expressivité et une profondeur de champs que l’absence de la couleur ou d’une 3ème dimension semblait exclure.

Puis vient le temps de sa rencontre avec Anne Gruner Schlumberger et Jacqueline devient alors la photographe chargée de suivre en images la transformation des paysages et l’évolution du projet architectural du domaine des Treilles. Elle illustre ainsi le livre intitulé Les Treilles – Histoire naturelle et humaine d’un dessein, paru en 1979.

Au cours des 20 années suivantes, Jacqueline continue à faire connaître l’œuvre d’artistes hors du commun, dont elle partage la sensibilité et la vision insolite : sculptures d’Etienne Martin, encres de Fred Deux, gravures de Cécile Reims.

Dans les années 2000, elle photographie pour Flammarion les tableaux de Gao Xingjian, et les peintures de Nicolas de Staël pour le Centre Beaubourg.

En 2005, elle réalise des photographies d’une qualité exceptionnelle pour le premier catalogue de la collection de la fondation des Treilles.

En 2012 Jacqueline a souhaité donner son fonds photographique au Centre Pompidou où il est conservé dans la bibliothèque Kandinsky ; il s’agit d’un extraordinaire corpus de plus de 4000 clichés qui constitue pour les chercheurs une source incomparable sur l’art moderne et contemporain.

La Fondation des Treilles peut aussi s’enorgueillir de disposer d’un nombre plus important encore de clichés, soigneusement inventoriés et classés par Danièle Giraudy, administrateur des collections de la Fondation, qui a pu montrer cette photothèque à Jacqueline avant sa disparition.

Jacqueline Hyde laisse derrière elle une œuvre d’une élégance exemplaire par la modestie et la finesse du travail accompli en étroite relation avec les grands artistes de notre temps.

La Fondation des Treilles lui a rendu un double hommage :

  • En faisant revivre l’activité qui fut la sienne par l’accueil, depuis 2012, de résidences de photographes.
  • En donnant son nom au laboratoire argentique qui fut le sien durant sa période de travail aux Treilles.
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