L’histoire économique au Moyen âge : bilan et perspectives de recherche

Liste des participants

Mathieu Arnoux, Dominique Barthélémy (organisateur), Luc Bourgeois, Monique Bourin, Paolo Cammarosano, Nicolas Carrier, Julie Claustre-Mayade, Jean-Pierre Delumeau, Xavier Hélary, Antonio Malpica Cuello, Perrine Mane, Jean-Marie Martin (organisateur), Cécile Morrisson, Christophe Picard, Vivien Prigent, François-Olivier Touati, Pierre Toubert

Julie Claustre-Mayade Vivien Prigent Antonio Malpica Cuello François-Olivier Touati Monique Bourin Jean-Marie Martin Xavier Hélary Jean-Pierre Delumeau Cécile Morrisson Nicolas Carrier Pierre Toubert Luc Bourgeois Perrine Mane Paolo Cammarosano Christophe Picard Mathieu Arnoux Dominique Barthélémy L'histoire économique au Moyen-Âge : bilan et perspectives de recherche

Compte-rendu

L’histoire économique au moyen âge : bilan et perspectives de recherche
par Dominique Barthélémy
18 – 23 juin 2012

L’histoire économique du moyen âge attire moins de chercheurs qu’autrefois, mais la qualité reste présente, maintenue grâce aux exigences mêmes que comporte cette étude plus ingrate que d’autres. On le voit à travers des exposés consacrés aux indices de croissance dans le moyen âge haut et central (VIe-XIIIe siècles), dans un bas moyen âge mieux documenté (XIVe-XVe siècles) à l’endettement et aux crises, et dans l’ensemble aux prélèvements et redistributions. La relance des études sur l’économie médiévale passe par une certaine spécialisation s’il s’agit du bas moyen âge, mais peut-être surtout, pour ceux qui étudient la période du VIe au XIIIe siècle, par une sensibilisation aux enjeux économiques des institutions.

Mots-clés : croissance et crise, endettement, prélèvement et redistribution, haut et bas moyen âge, économistes, anthropologues.

La préoccupation initiale des organisateurs était de voir jusqu’à quel point l’histoire de l’économie médiévale s’est trouvée en crise depuis une vingtaine d’années. Un indicateur de cette crise paraissait être le faible pourcentage de membres de la Société des historiens médiévistes de l’Enseignement Supérieur (SHMESP) affichant l’histoire économique en tant que tout ou partie de leur spécialité. La mode historiographique a sa part dans cette désaffection, comme aussi les nouvelles modalités de l’évaluation. Mais en fait, il nous est apparu que, dans le petit nombre de travaux actuels orientés vers les économies médiévales, la qualité était au rendez-vous. Ils sont en effet l’œuvre de chercheurs patients et intègres, attachés aux fondamentaux de la discipline, indifférents aux sirènes de la mode qui font quelques ravages en histoire de la culture, de la communication, ou même parfois du pouvoir et de la religion. C’est ainsi que les quatre plus jeunes participants de notre séminaire ont donné des communications exemplaires, classiques par leur facture et novatrices sur le fond, concernant la richesse de la Sicile au VIe siècle, le coût des guerres de Philippe le Bel, l’endettement privé d’après les sources judiciaires du bas moyen âge, et la crise de ce même bas moyen âge dans les vallées alpines.
Dans l’ensemble, tous les participants ont fait des exposés bien charpentés, dressant d’utiles bilans, ouvrant des perspectives. Certains se donnaient pour cadre une région dont ils tentaient de mesurer le développement économique, de dire l’originalité, ou de diagnostiquer les blocages : Italie du Sud comparée à celle du Nord du VIe au XIIIe siècle, économie byzantine dans son ensemble, comparée à celles de l’Occident et de l’Islam, croissance en Toscane du Xe au XIIe siècle, Andalousie du Xe au XIIe siècle, Méditerranée sous la prédominance musulmane (VIIIe-Xe siècle), outre la Sicile (VIe) et les Alpes (XIIIe-XVe siècles). D’autres envisageaient l’apport spécifique, et souvent fondamental, d’une source particulière : l’iconographie du travail, spécialement au XVe siècle, l’archéologie des résidences aristocratiques du Xe au XIIe siècle, les sources notariales et comptables du XIVe siècle, ainsi que judiciaires. D’autres encore envisageaient le coût et le financement de certaines politiques (croisades, guerres royales) ou la politique financière d’un type d’Etat (les communes italiennes). Deux enfin se focalisaient plutôt sur une institution caractéristique : la dîme, le fief-rente.
Ainsi plusieurs débats se sont-ils trouvés nourris et enrichis. On a plusieurs fois mis en cause le passage d’observations très ponctuelles (des glanes d’indices, jusqu’au XIIIe siècle) dans les sources du haut moyen âge, à une impression d’ensemble sur tout ou partie de la période. Sur la base des sources plus denses de l’Occident à partir du XIIIe siècle, il a pu y avoir des réflexions sur les prélèvements et redistributions, sur l’endettement public et privé – qui tend à devenir structurel. Certains ont jugé l’histoire économique polluée par l’influence de la pensée libérale, d’autres se sont interrogés sur l’utilité véritable de l’anthropologie économique. Toutefois, les choses n’ont jamais pris un tour systématique, on a peu parlé des théories globales de Pirenne, Weber ou même Marx. C’est plutôt à des essais très récents qu’il a été fait référence, comme les études d’économistes sur la microdécision : l’histoire économique doit savoir tirer profit des progrès des disciplines voisines.
Nécessairement, beaucoup d’exposés ont abordé l’économie en liaison étroite avec la société, ses classes (présence ou absence de marchands, de paysans libres), ses normes. Mais il a été question autant et davantage d’institutions, à travers la question des prélèvements (l’aide féodale) et des redistributions (la dîme).
Comme l’a souligné Pierre Toubert, qui honorait ce séminaire de sa présence, l’histoire économique ne va donc pas si mal : si l’épithète économique fait parfois peur, le substantif (histoire) rassure. Les participants sont repartis convaincus que, de la production historique actuelle, l’avenir retiendra davantage les études économiques ou à composante économique, même relativement peu nombreuses et pour l’instant mal valorisées, que la surproduction engendrée ailleurs par les thèmes à la mode. C’est pourquoi ils souhaitent la publication de leurs textes. Ils pensent que dans la suite les études des prix et des monnaies, des prélèvements et redistributions peuvent et doivent être poursuivies. Les grandes nouveautés économiques semblent apparaître vers le milieu du XIIe siècle, mais la documentation ne suit pas immédiatement : pour des médiévistes, la spécialisation en économie « pure » n’est pas requise avant les XIVe-XVe siècles, qui disposent (en Occident) d’une documentation dense et diversifiée. S’agissant de la période antérieure, c’est plutôt la sensibilité aux enjeux économiques qu’il faut stimuler chez des médiévistes plus « généralistes » ; toutefois, dans le monde byzantin, où la monnaie abonde et où les documents écrits sont rares, la numismatique fournit dès le début du moyen âge une documentation spécifique.

Ce contenu a été publié dans Comptes rendus, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.