« Georges Henri Rivière, voir c’est comprendre » – Exposition au Mucem du 14 novembre 2018 au 4 mars 2019


Au MuCEM, l’exposition « Georges Henri Rivière, voir c’est comprendre » sera proposée du 14 novembre 2018 au 4 mars 2019. Commissaires de l’exposition : Germain Viatte (conservateur général) et Marie-Charlotte Calafat (adjointe du département des collections et ressources documentaires du Mucem). Portes ouvertes le mardi 13 novembre 2018 de 16h à 21h.

La Fondation des Treilles contribue à cette exposition par le prêt d’une œuvre de Yassilakis Takis « La Vierge et le Taureau ».

Quittant provisoirement les Treilles pour la première fois, cette commande d’Anne Gruner Schlumberger à Takis en 1982, associe – c’est une première également – le travail aimanté de l’artiste engagé (la faucille et l’enseigne en forme de marteau suspendues au-dessus de la table de bronze tournante) et le texte de Michel Serres, autre familier des Treilles , tatoué en spirale sur ce plateau circulaire . Ce texte fait l’éloge de la vie paysanne chère au fondateur du Musée des Arts et Traditions Populaires, Georges Henri Rivière, conseiller et ami de la fondatrice, présent chaque été aux Treilles pendant une vingtaine d’années.

Comme en témoigne l’article ci-après, écrit par Danièle Giraudy, Conservateur général honoraire des Musées de France, chargée des collections et expositions de la Fondation des Treilles, l’histoire d’Anne Gruner Schlumberger et celle de la Fondation sont depuis longtemps liées à celle de Georges Henri Rivière :

« Artistes et artisans à la Fondation des Treilles » (in. « La Fondation des Treilles », Maryvonne de Saint Pulgent [Dir.], 2010)

Tout le monde l’appelait GHR : ses étudiants, pour lesquels il commençait son  cours de muséologie chaque année par ces mots : « Je ne suis pas bachelier… », ses amis musiciens et ethnologues, les conservateurs du  Musée des Arts et Traditions Populaires (ATP) qu’il avait fondé – ses deux  métiers – ses collègues du  Conseil International des Musées, l’ICOM, dont il était devenu  le conseiller permanent, et dont il reçut, à son  départ, la bague d’or ornée d’un  œil qu’il portait fièrement à l’index. Mais ses intimes l’appelaient Georges-Henri. C’était le cas d’Anne Gruner Schlumberger, qu’il conseillait, et qu’il n’appelait jamais autrement que « ma bienfaitrice » lorsqu’il parlait d’elle, et « petite » lorsqu’il lui adressait la parole. Georges-Henri rejoignait les Treilles chaque été, et parfois à Noël. Il y avait sa chambre attitrée. A Paris, rue de Varenne, chez Anne Gruner Schlumberger, ils travaillaient encore ensemble à mettre au point les programmes de la Fondation. Une qualité les rapprochait, leur désir de perfection : bien achever sa tâche et la parfaire était leur but commun. Chez GHR, ce besoin était parfois poussé à ses limites. La fondatrice, entre Pierre Barbe pour l’architecture et Georges-Henri pour la programmation, avait poli l’œuvre de sa vie comme un marbre des Cyclades. Ainsi décèle-t-on l’influence du professeur de muséologie dans la construction de l’ouvrage, Les Treilles, Histoire naturelle et humaine d’un dessein, imaginé par AGS en 19792 et consacré à la Fondation. Après l’évocation des temps géologiques et de la préhistoire du domaine, il se poursuit par l’histoire de ses habitants et de leurs cultures au fil des siècles, pour se conclure avec le projet de la Fondation commenté par des citations poétiques. En effet, le programme associait la culture savante et ses collections d’art à l’ethnographie, aux objets artisanaux, et intégrait également les activités agricoles du domaine, ce qui était caractéristique d’une vision globale des activités humaines, que cet homme de « grand goût », ethnologue renommé, fut l’un des premiers à ériger en principe. Ainsi, en  même temps que s’élaboraient, dans cette retraite conçue pour le travail intellectuel, le programme des colloques, celui des boursiers, les invitations des artistes en  résidence et les commandes qui leur étaient faites —  ce fut le cas de Takis, Lalanne, Vieillard, notamment —  on  plantait à la Fondation  les premiers des trois mille oliviers, les vignes, les amandiers, la lavande, après avoir étudié dans les archives de la commune, sur les conseils de GHR, l’état des plantations de chaque parcelle aux  siècles précédents, la vie des fermes et de leurs animaux, des productions, dont la sériciculture aujourd’hui disparue. À Barjeantane, les formes en acier de cordonniers, les enseignes découpées et girouettes de ferronnerie, boules de pétanque cloutées, pots de pharmacie, gargoulettes, crécelles et lanternes voisinent toujours avec de précieux vases funéraires cycladiques et les idoles-violons de marbre blanc. Le grand ethnologue de la paysannerie française, qui regrettait que le Louvre n’abritât que des objets royaux, encourageait sa bienfaitrice à recueillir sur le site des Treilles tout ce qui pouvait encore en évoquer l’histoire agricole. Ces vestiges sont accrochés sous le porche de Barjeantane, demeure de la fondatrice : fourches, râteaux et pelles de bois, serpes, scies, faux et pioches de métal, paniers et mesures à grains ainsi qu’un vaste tamis à blé de tôle perforée dont Max Ernst, le voisin de Seillans, fit un jour une empreinte. Dans les maisons d’hôtes des Treilles et à Barjeantane, les objets ethnographiques et artisanaux chinés chez le brocanteurs et les antiquaires en Provence, en  Suisse, en  Grèce – boîtes à sel, quinquets, bocaux, paniers, planches à découper, bouteilles, cruches, moules à beurre, pots à olives, scourtins[1], marmites de terre cuite, mesures d’étain… – sont tout naturellement mêlés aux collections d’art moderne et d’archéologie, lesquelles peuvent se trouver accrochées aussi bien  au  salon  qu’en cuisine. Commodes et bergères provençales fréquentent sans façon coffres savoyards et petits trépieds venus d’anciens chalets suisses, ou tabourets de corde choisis dans une île grecque. Proches des ciseaux à tondre les moutons, et des compas de maîtres maçons, se dressent ces armes zaïroises, les kipinga, offerts par Brauner, ou de précieux ciseaux damasquinés d’un nécessaire de calligraphe ottoman, venu d’Istanbul. Coffrets médiévaux de métal ou de cuir, coffrets de mariage paysans en bois peint de fleurs naïves et de cœurs, lanternes, lampes à huile, porte-cierges en fer forgé ou flambeau de bronze florentins voisinent avec les lampadaires forgés par Diego Giacometti, des tablettes d’acier et de verre dessinées par Pierre Barbe et de grandes tables de réfectoire venues de couvents flamands. Un goût très sûr les mêle sans ostentation, dans le respect de la maîtrise et du savoir-faire des artisans du bois, de la terre, du métal, du verre, de la sparterie et de la vannerie, sans oublier celui des brodeuses. En effet, une centaine de costumes provençaux, des capes aux bonnets tuyautés, et des trousseaux de lingeries délicates des siècles passés ont également été rassemblés par la fondatrice, accompagnés de grands boutis de mariage, d’arlequinades et de courtepointes de cotonnades imprimées à la planche et matelassées. Ainsi la relation si féconde entre AGS et GHR se révèle en filigrane dans tout le domaine des Treilles et tisse la petite musique si particulière des objets des artisans et des œuvres des artistes mêlés à la culture paysanne, d’où surgit cette atmosphère fruste et raffinée propre à la méditation et à l’étude de ce « conservatoire de la pensée vivante » inventé par la petite-fille de Conrad Schlumberger. »

[1] Le scourtin est une poche et un filtre qui permet d’extraire l’huile d’olive

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