Exposition : Miserere, Georges Rouault

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Du 5 juillet au 15 septembre 2013, le musée des Beaux-Arts de Gaillac a consacré une exposition au « Miserere » de Georges Rouault, à partir de l’exemplaire n° 5 conservé précieusement par la Fondation des Treilles, exemplaire tiré sur de larges feuilles de vergé Montval, au filigrane d’Ambroise Vollard (les cuivres des 58 planches ont été rayés après tirage).

 

Le livre de peintre est une innovation du XXe siècle, due à deux galeristes, Ambroise Vollard et Daniel Henry Kahnweiler, qui passent commande à leurs peintres de livres illustrés exceptionnels, et les éditent dans des conditions luxueuses, pour quelques amateurs éclairés et pour leurs collectionneurs, créant ainsi entre les lettres et les arts, des correspondances nouvelles.

Georges Rouault (1871-1958) a consacré à cette édition illustrée une grande partie de son œuvre et de son temps, ne ménageant pas sa peine, mêlant ses qualités de peintre et de graveur, concevant parfois les textes d’accompagnement, et construisant ses ouvrages avec passion, attentif aux respirations du texte comme à l’équilibre des images et à celui de la composition générale, tandis que Vollard le conseille dans le choix des alphabets les plus adaptés à la force de ses eaux-fortes ou de ses xylographies, choisit et commande les papiers les plus précieux, vélins, vergé de Montval, Japon impérial, le plus souvent filigranés à la cuve à sa propre signature, dans des formats inhabituels à grandes marges.
L’artiste se passionne pour ces ouvrages et écrit à son ami André Suarès « Je fais de l’art avec les pauvres moyens que j’ai autour de moi », alors que Vollard lui aménage un atelier, et va jusqu’à commander tout spécialement des caractères particuliers qui s’harmoniseront le mieux avec les planches.
François Chapon (Le Peintre et le livre, Flammarion, 1987) remarque « le choix de l’Elzevir Plantin (qui) lui fournit son profil carré et sa régularité massive qui s’équilibre avec les articulations appuyées de l’illustration et confère à l’architecture de chaque page, une impression de solidité ». Chaque blanc, chaque majuscule, chaque virgule, chaque titre sont ainsi mesurés, choisis à la suite d’hésitations et d’essais nombreux, tandis que l’artiste, après avoir réalisé des encres de Chine, grave les plaques de cuivre ou de bois.

C’est ce travail de longue haleine qui donne naissance au premier de ses chefs d’œuvre, LE MISERERE ; gravé pendant les quatre années dramatiques de la première guerre, de 1914 à 1918, endeuillées en outre par la disparition de son père, ce véritable message d’espoir et de paix est le testament spirituel de l’artiste. Le tirage des 58 planches gravées par l’artiste, tirées par Jacquemin, l’occupera ensuite pendant dix années de 1917 à 1927, et sera suivi en 1932 par l’édition des Réincarnations du Père Ubu, puis par celle du Cirque de l’Etoile filante en 1936 et enfin de Passion en 1939, date de la mort accidentelle d’Ambroise Vollard qui met fin à cette collaboration extraordinaire.

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Le Miserere, dans son lourd coffret écarlate au fermoir doré, est préfacé par l’artiste, qui l’a dédié à son maître de l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts, Gustave Moreau, autour duquel s’est rassemblé à Paris, autour de Matisse, le groupe des Fauves.

Gustave Moreau, qui avait établi un rapport très étroit avec son élève préféré, le nomma conservateur de son atelier, qu’il légua à l’Etat.
Rouault jugea cette prouesse de bibliophilie digne de cet héritage spirituel, où toute la gamme des noirs et des, éclairés par les blancs éclatants des grandes feuilles de papier, disent sa compassion pour l’homme et sa piété.
L’édition numérotée, limitée à 425 exemplaires, des épreuves ayant été détériorées lors de la seconde guerre, ne verra finalement le jour qu’en 1948, après le long procès opposant les héritiers d’Ambroise Vollard à l’artiste.
Celui-ci récupèrera enfin l’ensemble de ses œuvres non signées, considérées désormais par la loi, étant inachevées, comme restant sa propriété, malgré le contrat d’exclusivité qui le liait à Vollard.

Danièle Giraudy
Fondation des Treilles

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