Crises, business cycle theories & economic policy

Participants

Richard Arena, Michael Assous, Pascal Bridel (organisateur), Olivier Bruno, Muriel Dal-Pont Legrand (organisateur), Domenico Delli Gatti, Rodolphe Dos Santos Ferreira, Jean-Luc Gaffard, Marion Gaspard, Roger Guesnerie, Harald Hagemann, Axel Leijonhufvud, Perry G. Mehrling, Alain raybaut, Hans-Michaël Trautwein, Laurence Wilse-Samson

Fondation des Treilles - Crises, cycles et politiques économiques / Crises, business cycle theories and economic policy Jean-Luc Gaffard Axel Leijonhufvud Roger Guesnerie Harald Hagemann Richard Aréna Perry Mehrling Olivier Bruno Hans-Michael Trautwein Muriel Dal-Pont Laurence Wilse-Samson Domenico Delli Gatti Pascal Bridel Marion Gaspard Michaël Assous Rodolphe Dos Santos Ferreira Alain Raybaut is missing

Review (in French – title of talks in English at the end of this page)

Crises, business cycle theories & economic policy
by Pascal Bridel
10 – 14 September 2011

Ce colloque s’est proposé de faire interagir des spécialistes européens et nord-américains en histoire de la pensée économique et des macroéconomistes de renom. L’objectif était de comprendre les évolutions qui tant sur le plan formel (technique) que sur celui des idées, ont caractérisé le développement de la théorie des cycles depuis la seconde guerre mondiale. L’intérêt pour ce thème étant lui-même éminemment « cyclique », la crise actuelle mobilise les économistes sur des questions qui font très largement écho à des débats antérieurs, portant par exemple sur l’analyse des déterminants de la crise, sur la gestion de cette dernière, sur la « désirabilité » et le cas échéant, sur la nature des politiques de relance envisageables, sur les réformes et les formes de régulations souhaitables. Ainsi, ce séminaire a permis d’analyser les réponses offertes par les théories contemporaines des cycles et d’examiner dans quelle mesure notre capacité à diagnostiquer les crises et à imaginer des scenarii de sortie de crise a pu évoluer, notamment depuis la période de l’entre-deux guerres qui est connue pour avoir été une période extrêmement féconde pour la science économique en général et pour la théorie des cycles en particulier. Finalement, les « progrès » autres que purement «techniques » devant être identifiés avec précaution dans notre discipline, de nombreuses discussions ont été conduites sur les avancées réalisées dans la compréhension et dans la gestion des crises/cycles via les implications des différentes théories en termes de politiques économiques.

Ce colloque s’est clairement inscrit dans une perspective d’histoire contemporaine de la macroéconomie et plus exactement de la théorie des cycles. Plus précisément, aujourd’hui, au lendemain d’une crise majeure dont on ne sait toujours pas avec certitude si l’on en a cerné tous les contours, tous les dommages, les économistes sont sollicités et les anciennes théories, face aux théories contemporaines qui supposent un fonctionnement relativement harmonieux des marchés, semblent retrouver une seconde jeunesse. Ce colloque a permis de faire le point sur les progrès réalisés en théories des crises et des cycles et plus précisément, d’établir les éléments de débats qui demeurent identiques et récurrents et ceux qui ont disparu ou qui désormais se posent de manière différente.

Dans le sillage de la révolution keynésienne et de la naissance de la macroéconomie, une première série de contributions a apporté un éclairage nouveau sur certains aspects de l’évolution théorique cruciale des années 1930. Richard Arena (Université de Nice-Sophia Antipolis et GREDEG CNRS) a offert une lecture nouvelle et inattendue des nombreux parallèles entre l’analyse du corporate limited liability de Piero Sraffa et l’analyse dominante de la firme (issue du même héritage marshallien) proposée par Robertson et Keynes. Dans sa contribution sur le modèle d’Oskar Lange de 1938, Michaël Assous (Université de Paris 1) a proposé une réflexion intéressante sur la possibilité de comprendre ce modèle comme précurseur de l’hypothèse moderne de l’endogénéisation de la dynamique des cycles. Assous démontre en particulier que le système dynamique de Lange peut donner naissance à des fluctuations conjoncturelles qui s’auto-entretiennent. Finalement, Hans-Michael Trautwein a tenté une articulation intéressante des tentatives de synthèse de Hicks, Haberler et Lundberg entre la macroéconomie naissante et la théorie traditionnelle dont Keynes cherchait à se démarquer. Comme dans la synthèse néo-classique, les rigidités nominales semblent déjà jouer le rôle de dénominateur commun. Le parallèle avec les modèles néo-keynésiens modernes a été souligné plus d’une fois.

Une seconde série de contributions a tenté d’établir plus directement encore un pont entre les préoccupations théoriques (et/ou de politique économique) des années 1930 avec l’évolution récente  de la théorie des cycles. La reconstruction rétrospective de Muriel Dal-Pont (Université de Nice-Sophia Antipolis et GREDEG CNRS) et Harald Hagemann (Université de Hohenheim) a remis clairement au centre de la discussion la continuité existant, au cours de la période sous revue, du rôle des cycles d’équilibre. De Hayek et Lowe à Kydland et Prescott en passant par la contribution centrale de Lucas (1981) et des RBCs, les auteurs indiquent quelques voies qui permettraient d’enrichir l’approche moderne des cycles d’équilibre par l’intégration de certaines problématiques oubliées de l’entre-deux-guerres (notamment les rapports complexes entre variables réelles et monétaires). De son côté,  et en remontant au modèle canonique de Ramsey (1928), Marion Gaspard (Université de Lyon 2) a offert une généalogie très précise de l’ascendance des modèles d’équilibre général dynamiques et stochastiques (DGSE) qui supportent une bonne partie de la recherche contemporaine en macroéconomie. L’évolution surprenante d’un modèle normatif d’épargne (sociale) optimale vers la définition des fondements microéconomiques des DGSE interpelle brutalement l’utilisateur contemporain de tels modèles. Gaspard montre particulièrement bien comment un modèle, conçu pour rationaliser une politique économique visant à corriger l’incapacité des agents à étaler leur épargne dans le temps, aboutit à la négation d’une telle politique par les avatars modernes de ce modèle. Rodolphe Dos Santos (Université de Strasbourg) a construit un parallèle fascinant entre les efforts d’intégration entre la révolution de la concurrence imparfaite et la théorie des cycles dans les années 1930 et les récents modèles néo-keynésiens des années 1980. Il conclut en démontrant que ces efforts théoriques récents sont construits sur les intuitions des années 1930 notamment avec le rôle des variations du mark up dans le démarrage des cycles. Finalement, Pascal Bridel (Université de Lausanne) rapporte sur l’extraordinaire parallèle entre le vieux débat sur la Treasury View (effet d’éviction) des années 1920-1930 et la récente discussion initiée par Krugman et Fama sur l’(in)efficacité des récents programmes de relance américains. L’auteur montre que les similitudes argumentatives des opposants remontent à une parenté évidente entre les modèles pré-keynésiens et les DGSE modernes.
En guise de conclusion à cette seconde série de contributions, une table ronde entre les divers participants (dirigée par Rodolphe Dos Santos et Harald Hagemann) a permis de reprendre dans une perspective contemporaine la lancinante discussion théorique autour de la question des politiques salariales et du chômage involontaire. La participation des historiens des théories et des macroéconomistes a permis à nouveau des parallèles intéressants entre les préoccupations des années 1930 et la modélisation récente.

Dans une troisième série de papiers, les théoriciens de la macroéconomie moderne ont proposé quelques coups de projecteur sur différents développements récents liés aux cycles et aux crises. Axel Leijonhufvud (University of California) a offert une critique particulièrement riche (et sarcastique !) des DGSE en concluant sur le caractère totalement inadéquat de ces modèles à traiter la dynamique (notamment financière) de la crise actuelle : la recherche d’une alternative théorique est indispensable à la refondation analytique d’une politique de stabilisation efficace. Dans le cadre de ses recherches fondamentales sur la manière dont les agents construisent leurs anticipations, Roger Guesnerie (Collège de France)  a présenté un papier pénétrant sur le rôle de l’échec de coordination des anticipations à l’origine de la volatilité des marchés. En particulier, la logique des anticipations ‘divinatoires’ change radicalement le regard du théoricien sur le rôle économique de la spéculation, l’efficacité informationnelle des marchés et, surtout, les capacités des agents à horizon long à anticiper l’avenir. Jean-Luc Gaffard (Skeema et OFCE) a plaidé en faveur de l’utilisation d’agent based comptutational model de manière à réconcilier, à la suite d’un choc technologique dans les processus de production,   les situations de déséquilibre qui en résultent et les politiques économiques qui, après avoir détecté l’origine des problèmes d’absence de coordination, permettraient d’accélérer le retour vers une situation d’équilibre.
Une série de contributions sur les aspects monétaires et financiers couronnait la contribution des macroéconomistes. Olivier Bruno (Université de Nice-Sophia Antipolis et GREDEG CNRS) a proposé une analyse très fine des rapports difficiles entre le comportement des banques, la fragilité du système financier et le rôle des régulateurs. Plus précisément, ce papier montre comment des règles de régulation, actuellement avancées dans le cadre des accords de Bâle III, au lieu de réduire le risque porté par les banques, peuvent au contraire, conduire ces dernières à opter pour des arbitrages qui in fine augmentent leurs risques. Domenico Delli Gatti (Université catholique de Milan) s’est interrogé sur la validité de l’objectif consistant à choisir le prix des actifs comme objectif de la politique monétaire de la FED durant la période précédant immédiatement la crise de 2008. En utilisant un cadre d’analyse dit Nouveau Keynésien, Delli Gatti valide les résultats obtenus initialement par Bernanke à savoir que, étant donné que la volatilité de l’inflation est plus importante dans leur modèle que celle des prix des actifs monétaires, Bernanke a sans doute raison de considérer que lutter contre l’inflation est un objectif complémentaire de la lutte pour la stabilisation des prix des actifs. Delli Gatti rejoint finalement la conclusion de Bernanke et conclut qu’il est sans doute préférable pour une politique monétaire de ne pas avoir pour objectif la stabilisation des prix des actifs mais bien celui de stabiliser l’inflation. Alain Raybaut (GREDEG CNRS) a examiné dans le cadre d’un petit modèle novateur le rôle des facteurs financiers dans la synchronisation internationale des cycles.
Construisant sur les résultats obtenus dans son récent livre, Perry Mehrling (Columbia University, New York) a offert un ‘grand tour’ de théorie et de politique économiques sur le rôle international de la FED dans le cadre de la globalisation financière : la Banque centrale américaine devient non seulement le prêteur de dernier ressort au niveau mondial, mais aussi, et surtout, l’assureur de dernier ressort de la solidité du système financier international. Dans cette même perspective, Laurence Wilse-Samson (Columbia University) a examiné en détails le rôle joué par les investisseurs souverains de long terme dans la stabilisation de la crise actuelle.

Les retombées scientifiques de ce séminaire.

Un numéro spécial réunissant une large sélection des communications présentées aux Treilles est en cours d’élaboration (soumission en septembre prochain) auprès de l’European Journal for the History of Economic Thought. Ce numéro devrait être publié en février 2014.

Un projet PROCOPE (franco-allemand) a été déposé et accepté auprès du Ministère français des affaires étrangères et va permettre aux chercheurs de ces deux pays de se rencontrer et de coopérer sur des thèmes qui s’inscrivent dans la continuité des travaux présentés en septembre 2011 au séminaire de la fondation des Treilles.

Communications

Richard Arena – Financial crises and economic policy: insights from Piero Sraffa’s Unpublished Manuscripts
Michaël Assous: Oskar Lange 1938’s Model and Endogenous dynamics
Pascal Bridel: The ‘Treasury View’: An Unexpected Return?
Olivier Bruno: Bank Behaviour, Financial Fragility and Prudential Regulation
Muriel Dal-Pont & Harald Hagemann: Equilibrium Business Cycles: from interwar period to modern approaches
Domenico Delli Gatti: Was Bernanke right? Targeting asset prices may not be a good idea after all
Rodolphe Dos Santos Ferreira: Imperfect Competition and the Trade Cycle: Aborted Guidelines for the late Thirties
Jean-Luc Gaffard: How Short Term Events Determines what Happens in the Long Term: Lessons from an Agent based Computational Modelling
Marion Gaspard: Ramsey Growth Model: from Ramsey to DSGE models
Roger Guesnerie: Expectational Coordination Failures and Market Outcomes’ volatility
Axel Leijonhufvud: The Economic Crisis and the Crisis in Economics
Perry Mehrling: The New Lombard Street: Financial Globalisation and the Future of the Fed
Alain Raybaut: International BC Synchronization and financial factors
Hans-Michael Trautwein: Three macroeconomic syntheses of vintage 1937: Hicks, Haberler and Lundberg
Laurence Wilse-Samson: Political Economy, State Capital and Business Cycles: the role of Sovereign Long-term investors
Round Table with Harald Hagemann and Rodolphe Dos Santos Ferreira: Economic Policy
Debate: Interwar Policy Debate on wage policy and Involuntary Unemployment

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