Crime et Folie

Liste des participants

Jean Baechler, Jean-Gaël Barbara, Sophie Basch, Laura Bossi (organisteur), Jean-Christophe Coffin, Jean-François Colosimo, Philippe Comar, Jean Danet, Alvaro De La Rica, Michel Delon, Jacques Dewitte, Claude-Olivier Doron, Stéphanie Dupouy, Michel Eltchaninoff, Jean-Noël Missa, Jean-Pierre Olié, Dominique Païni, Gérard Régnier dit « Jean Clair », Renzo Villa, Jean-Didier Vincent, Daniel Zagury

Laura Bossi Dominique Païni Jacques Dewitte Jean-Gaël Barbara Sophie Basch Stéphanie Dupouy Jean-Pierre Olié Jean-Didier Vincent Daniel Zagury Jean Baechler Michel Eltchaninoff Renzo Villa Gérard Régnier dit "Jean CLair" Michel Delon Jean-Noël Missa Jean Danet Philippe Comar Jean-Christophe Coffin Claude-Olivier Doron

Compte-rendu

Crime et Folie
par Laura Bossi
1 – 6 novembre 2010

Le séminaire « Crime et folie » s’est tenu à la Fondation des Treilles en novembre 2010, en relation avec l’exposition « Crime et châtiment », qui a eu lieu au musée d’Orsay sur une idée de Robert Badinter et sous le commissariat général de Jean Clair. Il a réuni 21 participants provenant de cinq pays d’Europe : philosophes, théologiens, juristes, sociologues, neurologues, psychiatres, psychanalystes, neurobiologistes, historiens de la médecine, historiens des sciences, historiens de l’art, professeurs de littérature et historiens du cinéma. Par cette approche interdisciplinaire, ce séminaire se proposait ainsi d’éclaircir les relations complexes entre crime et folie, entre droit et psychiatrie, entre prison et hôpital, entre criminologie, médecine et science, entre responsabilité morale et responsabilité légale, entre libre arbitre et déterminisme dans le passage à l’acte criminel; il a aussi abordé les représentations du fou et du criminel dans les arts plastiques, la littérature et le cinéma.

1810-2010 : cela fait exactement deux siècles, depuis le code pénal napoléonien, que le droit prend en compte les crimes commis par les fous, qui auparavant étaient exclus du droit, comme les enfants ou les animaux. Cela fait aussi deux siècles que la phrénologie et la psychiatrie naissante ont décrit des patients qui seraient déterminés au crime par leur constitution cérébrale, même sans être totalement dépourvus des capacités intellectuelles leur permettant de distinguer le bien du mal ; ces cas de « monomanie homicide » ou de « folie morale » devraient être, selon les médecins, soustraits aux rigueurs de la loi et soignés dans des établissements spécialisés.

Crime et folie seront explicitement liés dans la théorie de la « dégénérescence », formalisée au milieu du dix-neuvième siècle par Morel, puis développée et remaniée dans une perspective évolutionniste. Selon cette théorie, les dégénérés sont une « variante morbide de l’espèce humaine », ils doivent être reconnus et isolés pour les empêcher de nuire et de se reproduire.
C’est plus tard, à la fin du XIXe siècle, que se développe une approche de la criminologie qui se veut scientifique: le psychiatre italien Cesare Lombroso, dont on a célébré en 2009 le centenaire de la mort, fonde une anthropologie qui prétend établir les caractéristiques distinctives de l’homme criminel, qui s’inscriraient dans sa physiologie même, comme des stigmates, et, qui plus est, susceptibles de se transmettre. Dire cela, c’est conclure à une certaine « irresponsabilité » d’un homme pris dans le destin d’une anatomie. C’est aussi focaliser l’intérêt sur le criminel et sur sa dangerosité potentielle pour la société, plutôt que sur le crime effectivement commis.

Les fondateurs de la nosographie psychiatrique moderne, notamment Kraepelin et Bleuler, seront profondément influencés par Lombroso, et revendiqueront un traitement médical pour les criminels, au lieu d’une approche juridique et carcérale. Les classifications modernes des troubles psychiatriques (dont le DSM : manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) reflèteront cette approche déterministe et cette tendance à la médicalisation des déviances.
Au cours de ces deux siècles, les rapports entre droit et psychiatrie restent complexes, le dogme du libre arbitre fondant historiquement le sujet de droit, et la psychiatrie assumant avec de plus en plus de difficulté la détermination de la responsabilité pénale (par exemple dans le cas de tueurs en série psychopathes ou de pervers pédophiles). Derrière les diagnostics, reste le problème du Mal.

Devant les difficultés à cerner le malade qui mériterait soin et compassion, et le criminel qui mériterait punition (c’est le dilemme « mad or bad » des anglo-saxons), les théologiens, les philosophes et les historiens retrouvent le fil de la longue histoire de l’idée du libre arbitre de la volonté, qui, depuis saint Paul et saint Augustin, puis depuis Kant et Nietzsche, a montré l’interaction complexe entre penser et vouloir, vouloir et pouvoir, entre volontés opposées. Mais ce sont peut-être les artistes qui ont su le mieux exprimer la tension entre Mal et maladie, entre humain et satanique. À travers les récits de Sade, Dostoïevski, Stevenson, Kafka et quelques autres, ce sont ainsi des exempla de la folie criminelle qui ont été évoqués et analysés.

Les actes de ce séminaire feront l’objet d’une publication aux éditions Gallimard, dans la série « Les Entretiens de la Fondation des Treilles« , sous la direction de Laura Bossi, [neurologue et historienne des sciences, auteur de Histoire Naturelle de l’âme (PUF, 2003)] et avec les contributions de Jean Baechler, Jean-Gaël Barbara, Sophie Basch, Laura Bossi, Jean Clair, Jean-Christophe Coffin, Jean-François Colosimo, Philippe Comar, Jean Danet, Alvaro de la Rica, Michel Delon, Jacques Dewitte, Claude-Olivier Doron, Stéphanie Dupouy, Michel Eltchaninoff, Jean-Noël Missa, Jean-Pierre Olié, Dominique Païni, Marc Renneville, Renzo Villa, Jean-Didier Vincent, Daniel Zagury.]

Date de parution : 23/06/2011 ISBN : 9782070134397

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