Convergences et divergences des sociétés, cultures, civilisations

Participants :

Perry Anderson, Jean-François Bayart, Marcel Benabou, Jean-François Colosimo, Régis Debray (organisateur), Alain Dejammet, Mireille Delmas-Marty, Christian Ingrao, Mohammed Kenbib, Denis Lacorne, Henry Laurens (organisateur), Jean-Noël Robert, Maurice Sartre, Jalila Sbaï, Pierre Singaravélou, Jean-Louis Tissier
et Maryvonne de Saint Pulgent, Présidente de la Fondation des Treilles

Convergences et divergences des sociétés, cultures, civilisations / Convergences and divergences of societies, cultures, civilizations
par Jalila Sbaï
24 – 29 septembre 2018

Résumé

Le séminaire qui s’est réuni aux Treilles du 24 au 29 septembre 2018, a rassemblé seize chercheurs et universitaires – géographes, historiens, juristes, philosophes et politistes -, de renommée internationale, et a eu pour objet, les convergences et divergences des sociétés, des cultures et des civilisations. Or, clarifier en quoi les sociétés, les cultures et les civilisations convergent ou divergent, s’est nécessairement traduit par un retour sur les concepts et les notions fondateurs de la similitude et la dissimilitude, leurs évolutions à travers les âges, les espaces, les usages qui ont en été faits/qu’on en fait, leurs traductions dans le réel des sociétés dites occidentales ou orientales, et dans notre monde global.

Or, depuis le haut moyen-âge, les historiens, les philosophes puis les sciences sociales après eux, ont procédé à une hiérarchie des sociétés, qui repose principalement sur ces concepts et notions que sont : empire, civilisation, barbarie, culture, histoire universelle, civilisation universelle, qui postulent implicitement la constance d’un écoumène délimité dans lequel se développent, vivent et meurent les sociétés et ce qui les caractérise (cf. Les aires culturelles des sciences sociales aujourd’hui).

Mots clés : empire, civilisation, culture, barbares, convergences, divergences, tolérance, sociétés.

 

Compte rendu

L’introduction du professeur Henry Laurens, a eu pour objet le retour sur l’origine des termes, civilisation, barbares, empire, histoire universelle, leurs définitions, leurs sens, leurs emplois et leurs ambiguïtés depuis l’antiquité à nos jours. Un retour sur les origines qui montre comment s’est opéré le passage d’une notion politico-juridique à l’époque romaine -les barbares sont des peuples non constitués en empires et qui vivent hors des frontières de l’empire romain-, à une division binaire du monde (nous et les autres) à l’époque moderne, puis à une division quaternaire (nous, les orientaux, les barbares et les sauvages) au siècle des Lumières. Il montre également comment ce passage s’est augmenté d’une triple opposition entre les anciens (antiquité) et les modernes (après la chute de Rome), entre les libéraux et les absolutistes, -période à laquelle les orientaux ont été introduits via la critique ou l’admiration du prophète de l’islam, Mohammad, le Mahomet de Voltaire -, et d’une opposition entre histoire universelle et histoire morale.

Le terme de civilisation est inconnu à l’époque gréco-romaine et n’existe pas en latin et ancien français. Il fait son apparition en 1756 avec Mirabeau qui le définit comme ce qui rend l’homme sociable et est articulé à la religion comme premier ressort de la civilisation. Le terme renferme bientôt l’idée de progrès et d’acte de transformation avec Turgot. Ce qui conduit son appréhension par les contemporains comme un processus historique avec temporalité orienté vers le futur et à procéder au comparatisme à la fois des individus et des sociétés et à conclure à la nécessité de les régénérer, ce qui se traduit immédiatement en actes politiques : révolution française, abolition de l’esclavage, colonisation. Cette traduction en actes politiques, du terme de civilisation, produit, une fois le projet colonial de l’expédition d’Egypte échoué, un glissement de sens : le terme civilisation, exclura à partir de 1815, les non-européens et les classes laborieuses des sociétés occidentales, et revêtira le pluriel avec François Guizot dès 1828. On parlera désormais, de civilisations avec S, car il existe une pluralité de civilisations et non une seule et parce que la prétention à l’universalisme français est combattue par les Allemands qui ont développé, parallèlement et contrairement, aux français une conception de leur société et du monde qui se réfère aux barbares germains, à une culture supposée authentique et non à l’empire gréco-romain ayant vocation à l’universalisme.

A la suite de cette introduction, les séances du séminaire se sont attachées à s’interroger sur ce que ces concepts et notions obligent à penser, à déterminer la manière dont ils se sont articulés à travers les âges, à questionner leurs permanences et les significations de leurs inscriptions physiques (Lieux de mémoires) ou psychoculturelles (signes, spiritualité), depuis leurs apparitions dans la terminologie philosophique et scientifique.

Elles ont également établi que les concepts de civilisation et de culture sont devenus inopérants au début du XXIe siècle pour traduire la convergence et la divergence des sociétés, la mesure où leurs expressions pérennes et multiformes sont manifestes dans toutes les sociétés et tous les espaces, dans un monde devenu global.

Une publication des actes du séminaire qui rassemble toutes les contributions des participants est prévue et sera l’occasion de préciser quelques points restés aveugles./.

Perry Anderson Jean-François Bayart Marcel Benabou Jean-François Colosimo Régis Debray Alain Dejammet Mireille Delmas-Marty Christian Ingrao Mohammed Kenbib Denis Lacorne Henry Laurens Jean-Noël Robert Maryvonne de Saint Pulgent Maurice Sartre Jalila Sbaï Pierre Singaravélou Jean-Louis Tissier Convergences et divergences des sociétés, cultures et civilisations - Convergences and divergences of societies, cultures, civilizations - Fondation des Treilles
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