Collection d’art graphique : exposition 2009 dans les salons de la banque Neuflize OBC (Paris)

Introduction (extraits) de Danièle Giraudy, Chargée des collections de la Fondation des Treilles et Commissaire de l’exposition

Couverture du catalogue de l'exposition art graphique 2009La collection d’art graphique regroupée ici pour la première fois, à partir des œuvres sélectionnées par Anne Gruner Schlumberger elle-même, circule … afin de rencontrer le public auquel sa fondatrice la destinait.

Nus, paysages, natures mortes, portraits composent cet ensemble subjectif qui couvre la première moitié du XXe siècle, du cubisme au tournant des années 1960, représentée par des artistes français qui travaillent à Paris -Rouault, Braque, Laurens, Léger, Dubuffet…- ou qui se sont fixés en France après avoir quitté l’Allemagne (Ernst), la Roumanie (Brauner), l’Espagne (Picasso), la Grèce (Takis, Sklavos), la Tchécoslovaquie (Sima), la Suisse (Giacometti). Ils voisinent à La Ruche, se croisent à Montparnasse, se retrouvent à La Coupole et, pour la plupart, traversent de grandes difficultés matérielles dans leurs modestes ateliers parisiens. Anne Gruner Schlumberger avait acquis des peintures (nombreuses pour Brauner, Ernst, Fernandez, Sima) et des sculptures de ces artistes, dont elle rassembla tout naturellement les oeuvres graphiques.

Fidèle aux créateurs devenus ses amis, Anne Gruner Schlumberger l’était aussi à ses marchands, également bien choisis : à Paris, à New York, Athènes ou Bâle, Berggruen, Beyeler, Kahnweiler, Bérès, Cordier, Iolas, Leiris, Monbrison… recevaient régulièrement ses visites, ainsi que les ateliers d’artistes d’où elle emportait parfois l’oeuvre élue sur le toit de sa voiture, avec une gourmande impatience. L’un des derniers ateliers qu’Anne Gruner Schlumberger visita, grimpant jusqu’au sixième étage de ces hautes maisons des anciens arsenaux du Vieux-Port de Marseille, fut celui de Gérard Traquandi, qui avait l’âge de ses petits-enfants, et auquel elle acheta deux grandes oeuvres sur papier destinées à… la Fondation des Treilles.

Ce musée sentimental, constitué d’achats sans approche didactique ni souci chronologique, se complète parfois d’hommages des artistes à leur commanditaire, à l’occasion d’une visite, de la livraison d’une œuvre ou d’une fête. C’est tout ce qui en fait le charme, pétri de ces amitiés réciproques. Composées comme un bouquet, ces belles feuilles trouvent ici, dans les salons de la Banque Neuflize OBC, les volumes familiers qui conviennent à leur format intime, dans leur diversité d’inspiration et et de techniques. Elles sont présentées dans leurs encadrements d’origine, sobres et discrets, deux qualités que cette femme généreuse et enthousiaste appliquait à sa vie même.

Les dessins au trait si fluide de Laurens, les minutieuses figures zoomorphes, ésotériques de Brauner, les frottages et les estompes surréalistes de Max Ernst, les gris tremblés et nacrés de Giacometti démontrent les multiples possibilités de la mine de plomb, parfois rehaussée de crayons de couleur ou d’aquarelle. Quant à Joseph Sima, c’est à la plume et à l’encre de Chine qu’il invente ses cristallographies lumineuses, tandis que Sklavos entaille le papier, dans de véritables esquisses, violemment contrastées, de ses sculptures.

La gravure, dans sa diversité, permet à chacun d’eux d’exprimer toute la richesse de son inspiration : eaux-fortes de Picasso, burins de Vieillard, pointes-sèches de Klee s’opposent à la généreuse souplesse de la linogravure colorée pratiquée à Vallauris, entre deux céramiques, par le peintre de la Joie de vivre avec le linograveur Hildago Arnera. Tandis que Picasso invente sa propre méthode en travaillant à la gouje une unique plaque de linoleum, la taille de dépouille mettant en relief les zones à encrer, interdisant à l’artiste toute reprise et tout repentir, Arnera tire à la presse les différentes plaques de linoleum (une par couleur, soigneusement repérée) successivement sur la même feuille.

Cette exposition présente également pour la première fois des extraits d’une œuvre rare, l’un des cinquante exemplaires numérotés de l’extraordinaire ouvrage intitulé Miserere ou Psaume de la Pénitence, de Rouault, d’après le texte sacré de David. Cette œuvre religieuse commandée à l’ancien élève et héritier de Gustave Moreau par Ambroise Vollard, son marchand dès 1913, fut le travail d’une décennie (1917-1927). Le peintre dut attendre 1948 pour en voir l’édition achevée, après la mort de Vollard en 1939 et le long procès qui l’opposa aux héritiers de l’éditeur.

La technique de l’aquatinte et ses noirs veloutés magnifient la compassion de l’artiste confronté au mystère de la religion, et traduisent parfaitement la profondeur de ses grands lavis à l’encre de Chine, exprimant les souffrances et les espoirs d’un homme de son temps.

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Voici donc, par artistes interposés, une sorte de portrait en feuilles détachées de la fondatrice des Treilles, puisque le collectionneur est à son tour reflété par sa collection. C’est à sa rencontre que nous sommes heureux de vous inviter.

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