Catharsis nowadays

Participants :

Mathilde Bernard (organiser), Marjorie Bertin, David Chaillou, Jean Delabroy, Alexandre Gefen (organiser), Nathalie Heinich, Inhye Hong, Pierre Livet, William Marx, Guillaume Métayer, Sophie Milquet, Bernard Rimé, Antonio Rodriguez, Mathieu Simonet, Carole Talon-Hugon, Gisèle Vienne, Bernard Vouilloux (organiser).

Catharsis_groupe_avril2015

 

Catharsis nowadays
by Bernard Vouilloux
6 – 11 April, 2015

Résumé (in French) :

Le séminaire « La Catharsis aujourd’hui », qui a rassemblé dix-sept participants (dont 4 jeunes chercheurs, un compositeur, une chorégraphe-metteuse en scène et un auteur) a conduit à une remise en question de la pertinence de la référence à la catharsis concernant des medias artistiques non mimétiques, que des lectures trop larges du concept conduisent aujourd’hui à proposer. Ce faisant, il a précisé les contours de la pensée aristotélicienne et différencié les différents apports thérapeutiques issus de la mise en récit des passions.

Key words

Aristotle, art therapy, catharsis, emotion, fiction, healing, mimesis, music, passion, drama, trauma.

 

Review (in French)  :

Le séminaire s’est ouvert sur un retour aux origines de la catharsis. William Marx a présenté la conception aristotélicienne de la catharsis tragique, selon laquelle les émotions éprouvées au théâtre se contrecarrent l’une l’autre,  la terreur guérissant de la pitié et vice-versa. Puisqu’il ne correspond pas à ce processus, l’usage moderne de la notion doit être évalué selon des critères extérieurs à La Poétique. . Aristote n’a cessé tout au long du séminaire – paternité oblige – d’être le point de référence sans cesse convoqué, sans cesse écarté. Jean Delabroy a abordé la théorie de la catharsis chez son concepteur en invoquant la nécessité de penser le sujet en proie aux émotions au sein de la polis, et par conséquent le lien étroit qui unit la catharsis et la mimesis permettant d’objectiver la sauvagerie qui se manifeste. Dans cette logique théâtrale, c’est à la matière même du langage, incapable d’exprimer la pensée, vicié par le fascisme qui le gangrène et gangrène dans le même temps les liens communautaires, que s’applique le théâtre de Valère Novarina présenté par Inhyé Hong. David Chaillou s’est concentré quant à lui sur la musique, produit d’une catharsis qui vise à en provoquer une autre chez l’auditeur. L’œuvre purge l’âme et l’introduit à une temporalité nouvelle. Ainsi de ses propres compositions, que David Chaillou a toujours liées à des expériences intimes, comme celle de la mort de son père, ou à l’histoire, comme dans le spectacle Léger au front, réalisé avec le sculpteur Patrice Alexandre et l’acteur Jacques Gamblin à partir des lettres de guerre du peintre Fernand léger.

La journée du lendemain était consacrée aux approches philosophiques et sociales de la catharsis. Bernard Rimé a constaté que le partage des émotions était un phénomène très répandu (80 à 100% des cas après un événement émotionnel) quelle que soit l’origine sociale ou géographique de la personne, ou son sexe. Dans le cas des émotions négatives, ce partage permet en réalité non pas la récupération émotionnelle, la catharsis, mais le soulagement lié aux bénéfices sociaux que l’on en retire. Pierre Livet a lui aussi mis en doute les conclusions trop hâtives liées à l’interprétation de la catharsis, ou plus exactement les équivalences supposées entre catharsis et purification ou purgation. Sa théorie de la « révision des émotions » suppose des interactions triangulaires entre spectateur et personnages (pitoyable et craint) qui conduisent le spectateur à être attentif à des valeurs complémentaires de sa propre culture. Carole Talon-Hugon, quant à elle s’est interrogée sur la propension à invoquer la catharsis pour excuser le caractère immoral ou corrupteur de certaines œuvres et a exploré une piste moins convenue, celle de l’imitation des affections, différente de l’empathie, fondée sur une conception morale de la catharsis. Nathalie Heinich a également refusé une approche trop puritaine de la catharsis, en insistant non sur la neutralisation des émotions qui en serait le résultat mais sur la quête de l’excitation qui est à l’œuvre au départ. Elle donne ainsi sens à la place immense que prennent dans notre société de nombreuses activités excitantes, telles que le sport, le théâtre, le jeu vidéo, ou encore l’art contemporain, les séries télévisées, le roman. C’est, en contrepoint, à une renaissance de la catharsis fondée sur des bases très morales que nous a conviés Marjorie Bertin à travers sa réflexion sur les liens entre catharsis et indignation dans trois œuvres théâtrales contemporaines : Ma Marseillaise (2012) de Darina Al Joundi, La réunification des deux Corées (2013) de Joël Pommerat et The four seasons restaurant (2012) de Roméo Castellucci.

La matinée du jeudi a permis de prolonger par la pratique les réflexions théoriques des jours précédents. En effet, dans un entretien avec Bernard Vouilloux et par la projection de Jerk, Gisèle Vienne a posé de façon très crue la question du rôle et de la place de la représentation de la violence extrême et de l’abjection dans notre société. Les émotions suscitées ont été très diverses, du rejet d’une œuvre dupliquant le mal à l’admiration pour un jeu d’acteur et une mise en scène capables de déstabiliser franchement le spectateur.

Le dernier jour fut consacré aux liens entre catharsis et écriture. Mathilde Bernard et Sophie Milquet ont mené une réflexion conjointe sur la catharsis dans l’écriture de la guerre. Mathilde Bernard a présenté les moyens que les historiens des guerres de Religion mettaient en œuvre pour bloquer une catharsis nuisible à l’action, tandis que Sophie Milquet a mis en œuvre une réflexion sur la catharsis dans les écritures fictionnelles de la guerre d’Espagne. Étudiant des époques et des genres littéraires différents, elles sont arrivées conjointement à une conclusion similaire, selon laquelle c’est bien le passage par la fiction qui permet de transcender le traumatisme pour pouvoir espérer guérir de ses émotions néfastes, ou du moins les atténuer. Guillaume Métayer a prolongé la réflexion sur la catharsis dans l’écriture du traumatisme en se penchant sur le témoignage d’Imre Kertész sur la Shoah. C’est la réflexion sur Nietzsche qui a permis à l’auteur hongrois de surmonter la contradiction entre devoir de mémoire et exigence éthique et politique de catharsis. Si l’expérience concentrationnaire est « inassimilable », la fiction peut, arrive à, et est en droit de la formaliser. Antonio Rodriguez est revenu à Aristote pour exposer les différentes conceptions de la catharsis et penser les liens entre attention et émotion, catharsis et empathie. La pénibilité des émotions est compensée par un accroissement de l’attention des spectateurs et c’est la catharsis qui permet le passage à une attention esthétique supérieure. Le séminaire s’est achevé sur un dialogue entre Alexandre Gefen et Mathieu Simonet, ce dernier rendant compte de son expérience d’auteur et des résultats de son projet d’« autobiographie collective » mettant en jeu la valeur thérapeutique d’une littérature qui provoque des réactions physiologiques et libère.

Mathilde Bernard Marjorie Bertin David Chaillou Jean Delabroy Alexandre Gefen Nathalie Heinich Inhye Hong Pierre Livet William Marx Guillaume Métayer Sophie Milquet Bernard Rimé Antonio Rodriguez Mathieu Simonet Carole Talon-Hugon Gisèle Vienne Bernard Vouilloux Catharsis, Fondation des Treilles
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