Business cycles and economic growth

Participants:

Amanar Akhabbar, François Allisson, Richard Arena, Tiziana Assenza, Michael Assous, Roger Backhouse, Pascal Bridel (organiser), Olivier Bruno, Katia Caldari, Matthieu Charpe, Muriel Dal-Pont Legrand (organiser), Domenico Delli Gatti, Rodolphe Dos Santos Ferreira, Harald Hagemann, Maria Cristina Marcuzzo, Andreas Pyka, Alain Raybaut, Hans-Michael Trautwein, Amos Witztum.

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Review (in French) :

Cycles et croissance économique / Business cycles and economic growth
par Pascal Bridel et Muriel Dal-Pont Legrand
16 – 21 juin 2014

Résumé

Avant d’être considérés comme des champs de recherche indépendants, l’analyse des cycles et la théorie de la croissance de la productivité ont longtemps été considérées comme des dynamiques étroitement reliées. Plus précisément, ce n’est qu’au lendemain de la révolution keynésienne que le développement de la macroéconomie s’est véritablement structuré autour de deux champs indépendants avec, d’une part, les théories des cycles qui s’intéressent aux mouvements stochastiques et, d’autre part, la théorie de la croissance qui analyse les conditions d’existence, d’unicité et le comportement d’un équilibre stable de longue période. L’objectif principal de ce séminaire était de réunir des historiens de la théorie économique et des praticiens de la théorie moderne des cycles et de la croissance pour un échange sur l’origine et l’évolution de la relation entre les cycles des affaires et la croissance économique.

Au lendemain de la crise de 2008 et dans le cadre d’une croissance économique anémique, ce séminaire a permis un examen circonstancié de l’évolution de cette importante littérature et plus précisément des différentes tentatives menées par les économistes afin de réconcilier théories des cycles d’équilibre (TCE) et théorie de la croissance. Après avoir identifié une série de tentatives destinées à  réconcilier la dynamique des cycles avec celle de la croissance, ce séminaire a permis de clarifier les ruptures et les continuités entre des préoccupations théoriques anciennes et la modélisation récente de cette problématique qui n’est toujours pas appréhendée d’une manière satisfaisante.

Mots clé : cycle, croissance, cycle réels

Keywords: cycle, growth, real business cycles

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Dans un premier groupe de communications, plusieurs historiens de la pensée économique ont offert une analyse d’approches anciennes pour en tirer une inspiration et des parallèles avec la problématique contemporaine cycles-croissance. En discutant la contribution de D.H. Robertson (1915), Pascal Bridel montre la parenté qui semble exister avec les chocs exogènes de la théorie contemporaine des cycles réels : les agents réagissent d’une manière rationnelle aux chocs technologiques qui créent à la fois cycles et croissance. Amanar Akkhabar examine le modèle dynamique de Léontief pour illustrer la méthode originale que cet auteur applique à son explication des cycles, de la croissance et des fluctuations. Dans le cadre d’un examen des économises russes du tournant du 20ème siècle (Tugan-Baranovsky, Kondratriev et Boukharine notamment), François Allisson se demande quel rôle jouent les schémas marxistes de reproduction dans leur analyse des cycles et de la croissance. Richard Arena se concentre sur la théorie des changements structuraux dans le court terme et le long terme ; il propose notamment une classification en trois classes des modèles en fonction de leurs capacités à relier cycles et changements structuraux (Pasinetti, Solow et croissance endogène). Ces différences le mènent à distinguer trois types différents de changements structuraux. Michaël Assous propose une nouvelle formulation de la théorie des cycles de Kalecki. Il argumente en particulier que la démonstration de « self-sustaining cycles » dépend presque exclusivement de la valeur que Kalecki donne aux paramètres de son modèle (anticipations et progrès technique notamment). Il examine également les conséquences d’une modification de la distribution du revenu sur la dynamique profit-investissement et donc de la croissance. Roger Backhouse offre une lecture extrêmement intéressante de la disparition apparente de la théorie des cycles dans le programme de recherche des économistes américains dans les deux décennies suivant la publication de la Théorie générale. Utilisant les cas de Hansen et Samuelson, l’auteur démontre cependant que cette transition ne s’est pas faite au détriment total des théories des cycles pré keynésiennes qui conservent un rôle dans le cadre de la macroéconomie naissante des années 1940. Katia Caldari propose une analyse très détaillée de l’extrême difficulté qu’ont les successeurs d’Alfred Marshall à réconcilier son analyse du long terme avec le court terme (et donc des cycles avec la question de la croissance). L’auteur considère que cette difficulté provient d’une incompréhension méthodologique à saisir le rôle joué par le temps dans la pensée marshallienne. Muriel Dalpont (et autres) réexaminent l’ouvrage de Harrod (1936) largement éclipsé par la révolution keynésienne. Tout en se concentrant sur la contribution essentielle de Harrod (le lien entre concurrence imparfaite et cycles), les auteurs la mettent en rapport avec la dynamique du taux d’épargne dans le cadre du modèle dans lequel le taux de croissance effectif s’ajuste au taux de croissance d’équilibre. Dans le même ordre d’idée, Rodolphe Dos Santos Ferreira réexamine l’Essay in Dynamics Theory de Harrod. En particulier, il développe l’intuition principale de l’auteur en modélisant l’interaction entre l’instabilité du sentier de croissance provoquée par les cycles. Il relie également cette tentative précoce avec la démarche récente de Woodford (1992). Harald Hageman (et autres) se sont, quant à eux, intéressés aux parallèles entre les cycles de croissance de Schumpeter et à leur réapparition contemporaine chez Aghion et Saint-Paul. Les auteurs se concentrent sur le concept de récessions productives, une analyse proposée par Aghion et Saint Paul, qui se fonde sur un modèle de coût d’opportunité pour examiner les efforts de réallocation d’actifs effectués par les entrepreneurs à la suite d’une récession, et qui se veut comme étant l’expression moderne de la pensée Schumpetérienne. C’est ce point qui est examiné dans le papier. Christina Marcuzzo offre un survol analytique du débat entre les économistes de Cambridge à propos des équilibres de courte et de longue période. La dispute entre néo-keynésiens et néo-ricardiens est naturellement au centre de cette discussion théorique qui n’a jamais vraiment trouvé de solution parmi la tradition cambridgienne. Hans-Michael Trautwein s’intéresse quant à lui aux contributions de Neisser et Haberler à la transmission internationale des cycles. Après un examen détaillé, ces deux approches sont comparées avec la macroéconomie moderne des économies ouvertes.

De leur côté, les théoriciens et les praticiens de la théorie moderne des cycles ont offert une série de survols liés à l’origine de ces différents modèles. Dans le prolongement de la crise de 2008, Bruno Olivier s’intéresse aux rapports entre les cycles de croissance et la distribution du revenu. L’auteur modélise la manière dont des variations de la distribution du revenu peuvent influencer le rythme de croissance tout en menant, paradoxalement, à une situation de crise économique. Mathieu Charpe réexamine la question des fluctuations et de dependency ; l’auteur montre que le taux d’utilisation des ressources anticipé dans le long terme ajuste l’output gap d’aujourd’hui. En utilisant la technique récente des agent-based models, Domenico Delli Gatti propose de remédier à l’une de leurs faiblesses en offrant une stratégie de formalisation qui réduit la ‘dimensionnalité’ de ces modèles en remplaçant la distribution de l’environnement financier des entreprises par les premier et second moments de la distribution elle-même. Ces moments peuvent alors être utilisés comme des variables macroéconomiques traditionnelles. Parallèlement, Tiziana Assenza propose un modèle qui illustre comment les ‘esprits animaux’ et des anticipations hétérogènes amplifient les cycles et comment une coordination endogène d’anticipations pessimistes renforce la crise et freine la reprise. Utilisant l’approche des chocs structurels, Andrea Pyka montre comment, dans le long terme, l’innovation et les changements structuraux ont influé la croissance économique depuis la révolution industrielle. L’auteur argumente en faveur d’un cercle vertueux entre capital humain, accroissement du revenu et hausse de la demande. De son côté, Alain Raybaut offre un survol détaillé des discussions des trois dernières décennies sur la stabilité, les cycles dans une dynamique complexe dans des modèles de croissance avec monnaie. Finalement, dans un papier très novateur, et en faisant de nombreux aller-retour entre théorie classique et théorie moderne, Amos Witztum examine les rapports entre inégalité et croissance. Sa contribution tente une synthèse entre la question des incitatifs, celle des abilities (capital humain) et l’idée trop souvent négligée de l’utilité sociale de la croissance. En d’autres termes, l’auteur s’interroge avec pertinence sur l’acceptabilité sociale d’une croissance qui serait créatrice d’une plus grande inégalité distributive.

Parmi les 19 participants au séminaire, il est intéressant de relever, qu’au côté de chercheurs expérimentés, six relevaient de la catégorie « jeunes chercheurs » (entre deux à sept ans de leur thèse de doctorat), soit environ 30% du total.

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Andreas Pyka Michael Trautwein Tiziana Assenza Maria Cristina Marcuzzo Rodolphe Dos Santos Ferreira François Allisson Amanar Akhabbar Muriel Dal-Pont Legrand Olivier Bruno Harlad Hagemann Michael Assous Roger Backhouse Alain Raybaut Richard Arena Pascal Bridel Katia Caldari Amos Witztum Domenico Delli Gatti Matthieu Charpe Cycles et croissance économique - Business cycles and economic growth - Fondation des Treilles
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