About Birth: a transdisciplinary approach

Participants:

François Ansermet, Patrick Autréaux, Lazare Benaroyo, Déborah Bertherat, Chantal Birman, Frédérique Bisiaux, Arnaud Bouaniche, Françoise Davoine, Florence Degavre, Anne-Marie Dickelé, Martin Dumont, Marion Hendrickx, Céline Lefève, Claire Marin (organisateur), Jean-Christophe Mino, Carole Widmaier, Frédéric Worms (organiser), Nathalie Zaccaï-Reyners

 

About Birth: a transdisciplinary approach
by Claire Marin and Frédéric Worms
27 August – 1 September 2018

Summary

What happened during the Treilles seminar « about birth » is much more than was expected as a « transdisciplinary approach ». It could be better described, thanks to an image familiar to Gaston Bachelard, as uniting the approach of the day and the approach of the night.

By day : the dialog between original and demanding talks from all disciplins, confirming the general project that « interdisciplinary approaches » are necessary and vital to the « care » or « soin » questions. It is a new field of research that appeared with specialists coming from medical and care practice (midwives, doctors, psychiatrists and psychoanalyst) up to theoretical disciplins (philosophy, literature, ethics, with members from the French National Committee) and with younger colleagues. Birth : it proved a biological, psychological, medical, social, political, relational, human and sometimes inhuman phenomenon.

By night : a striking image of unity, and discussion with spontaneous and unexpected readings, small exposés : a Grimm tale, an unknown version of Peter Pan, a text from an absent but potential speaker, Marion Muller-Colard. One found there a shared and original reflexion, going deeper in the anthropological and human dimensions of birth and death, and which was also the birth of a group. It is the Treilles effect at its most. There will be many post-seminar effects : publication of course, exchanges, meetings, friendship.

There is nothing more important than the common emergence of a new approach of a central human problem, and of a new scientific community, which will be a lasting link.

Keywords: birth, rebirth, healing, care, origin, generation, parentage, conception, prediction, medical assistance to procreation, ethics, wild child, mother, trauma, diagnosis, images, psychoanalysis, literature, event, history, story, tales

 

Review (in French):

Notre ambition, en présentant comme point de convergence le thème de la naissance, était d’éviter à tout prix l’écueil de réflexions trop abstraites qui feraient de la naissance un principe métaphorique ou un support analogique et qui nous amèneraient à oublier la naissance, comme événement et comme vécu. Nous voulions approcher le cœur de l’expérience qu’elle constitue. Il était donc impératif dans ce séminaire de donner la parole à celles et ceux qui, dans leur pratique de soignant (sage-femme, médecin, psychologue, psychiatre, psychanalyste) accompagnent, secondent, ou rendent possible la naissance. Ce n’est qu’à l’écoute de leurs expériences riches et diverses, de la salle de travail à l’hôpital psychiatrique, que nous voulions discuter ensemble de tous les bouleversements, psychiques, physiologiques, relationnels qu’une naissance provoque, de manière heureuse ou tragique.

Soins de la naissance et de la renaissance

Ouvert dès le lundi soir par la lecture d’un texte inédit de Patrick Autréaux sur « Les saintes huiles de Jean Genet », le séminaire rompait déjà avec toute approche conventionnelle. Nous étions d’emblée plongés dans la corporéité de la naissance, aux prises avec les matières de l’engendrement, bousculés par le télescopage de la brutalité et du fantasmatique. Toute mystique a sa matérialité. Patrick Autréaux nous rappelait que violence, naissance et renaissance sont charnellement mêlées. Mais il interrogeait aussi le fait de naître à une autre forme d’écriture, rappelant le rôle de la maladie dans son parcours, chaos cherchant un autre ordre, expérience qui refaçonne et engendre l’écriture.

C’est aussi dans la corporéité de la naissance que nous plongeait l’intervention de Chantal Birman, forte de quarante ans d’expérience en salle de naissance. Les nouveaux moyens d’investigation ont profondément bouleversé le vécu de la grossesse, dépossédant la femme et accentuant les angoisses de malformations ou de fausse couche, à travers les bilans de début de grossesse. Il manque une réflexion essentielle sur les répercussions de ces nouveaux moyens.

Mais Chantal Birman a également insisté sur le lien profond entre vie et mort dans l’expérience de la naissance. Le mouvement de la naissance est un changement de génération : la femme passe derrière son enfant, sur le plan physique psychique et émotionnel. Ce passage, dont Chantal Birman nous rappelle la violence inouïe, constitue un incroyable contact avec la mort. Dans cette expérience radicale d’un corps ouvert, la femme meurt à celle qu’elle était avant. C’est ce passage qu’il faut accompagner.

S’appuyant sur l’œuvre d’Hannah Arendt, Carole Widmaier a proposé d’interroger le paradoxe de la naissance, événement inaugurateur dont le sujet est pourtant désapproprié ainsi que les échos de son imprévisibilité et de son irréversibilité. C’est également en termes d’éducation que la naissance pose d’importants enjeux, elle est un événement qui nous concerne tous, humainement, socialement, politiquement et dont il faut sans cesse reprendre le manque fondamental. Nous pouvons naitre plusieurs fois.

C’est aussi autour de cette nécessité d’humaniser la naissance, d’en faire une naissance proprement humaine que nous a invités à réfléchir Frédéric Worms. Quelles sont les conditions biologiques, médicales, mais également sociales et politiques d’une naissance « suffisamment heureuse », naissance qui réussisse à conjurer tous les dangers de la vie humaine ? Face à l’ambivalence de la vie humaine – la violence peut se loger dans les soins maternels qui doivent soutenir – apparait toute l’importance du soin à la naissance. Mais penser le soin de la naissance signifie également penser le renaître ; réparer un sujet brisé, réunifier une vie humaine, dans toutes ses dimensions, rendre possible la relance de l’unité à travers le risque de la rupture.

Peut-on alors penser la guérison comme un renaître ? Quelles sont les limites de cette métaphore, s’est interrogé Martin Dumont. Partant de l’analyse de cas de greffes de main et de visage, il a fait émergé les difficultés intrinsèques au renaître. Après l’attente inquiète, sorte de gestation, la greffe peut apparaître comme la réouverture du temps et des possibles. Cette renaissance fragile offre une liberté que le patient a parfois du mal à s’approprier, soulignant la difficulté du fait d’être contemporain de sa renaissance.

C’est ce temps de l’attente, ce qu’il transforme et déconstruit que Céline Lefève nous a proposé de questionner, à travers la référence au film d’Agnès Varda, Cléo de 5 à 7. Comment se passent ces deux heures d’attente avant l’annonce d’un diagnostic, quelle renaissance est alors possible, malgré et peut-être par l’annonce du cancer ? Cette reconfiguration du réel à l’ombre de la maladie menaçante montre à quel point naissance, mort et renaissance s’entremêlent intimement.

Histoires d’enfance, histoires de naissance

Pour la psychanalyste Françoise Davoine, la naissance du sujet passe par une renaissance. S’appuyant sur l’œuvre de Laurence Stern, Tristram Shandy ou sur les travaux de l’anthropologue W. Rivers, Françoise Davoine a éclairé le lien entre folie et trauma. La renaissance du sujet se fait avec l’accès à la langue du trauma, celle qui a été forclose. A travers de nombreux récits, c’est la puissance soignante et libératrice de la parole qui s’impose.

Ce détour par le récit a également été étudié par Marion Hendrickx. Les contes et les mythes, nous a-t-elle rappelé, regorgent de parents stériles ou de mauvaises mères, de mères-sorcières. « Tout conte est un miroir magique » disait Bettelheim. Support de projection et dispositif de cure, le conte de Raiponce choisi par Marion Hendrickx lui permet d’aborder avec ses jeunes patientes atteintes de troubles alimentaires la difficulté de leur relation à leur mère. Ainsi les contes peuvent permettre des renaissances au cœur même des lieux de désenchantement.

D’une manière tout aussi surprenante et convaincante, Déborah Lévy-Bertherat, relisant les cas d’enfants sauvages, a redessiné le paradigme de la naissance et ses différentes étapes. Est-ce la sortie du bois, la capture de l’enfant, l’humanisation de son apparence ou son éducation qui font sa naissance ? La fascination pour ces êtres vierges de toute expérience, sortis d’un « état de nature » est aussi profondément une interrogation sur les frontières biologiques et éthiques de l’homme, sur les conditions d’une naissance à l’humanité.

Offrant dans une approche originale, les premières esquisses d’une philosophie de la naissance « en gestation », Arnaud Bouaniche s’est appuyé, dans la première de ses interventions, sur la musique pour penser la naissance comme événement polyphonique. La naissance, événement intersubjectif apparait comme le prodige d’une temporalité qui s’accorde à celle de l’enfant. On peut alors se représenter la naissance comme une rencontre musicale, rencontre de lignes, synchronisation des temps. C’est ainsi une multiplicité des voix qui composent une naissance.

Mais pour Frédérique Bisiaux, si le rôle initial est bien celui de la parole et du récit, il faut également repenser la place de l’image, de l’inventivité créatrice, de la puissance de bricoleur de l’enfant. Ainsi c’est aussi comme « Homo pictor » que l’individu nait à lui-même.

La naissance à venir

Les interventions d’Anne-Marie Dickélé et de François Ansermet ont rappelé les enjeux contemporains soulevés par les nouvelles techniques de procréation assistée et les dilemmes éthiques qui surgissent dans l’usage parfois inimaginable, imprévisible que les patients en font. Les différents cas évoqués ont manifesté toute la puissance du désir et du délire autour de la fécondité, de la grossesse, de la naissance et du devenir parent. L’imaginaire de la naissance s’empare des possibilités nouvelles pour retrouver sans s’en rendre compte les mythes anciens des naissances fantastiques. Les possibles technologiques ouvertes par l’AMP, la congélation, la congélation des ovocytes posent des questions inédites et touchent parfois à l’impensable. Qu’est-ce qui devient alors « émotionnellement concevable » ? s’est demandé Anne-Marie Dickélé, reprenant les mots de Françoise Héritier.

Comme l’ont souligné Chantal Birman et François Ansermet, l’évolution des techniques a profondément modifié le vécu de la grossesse, la nouvelle dimension visuelle (avec l’apparition de l’échographie) a intensifié l’investissement affectif du fœtus, lui conférant dès son histoire prénatale un statut d’enfant. La mort prénatale prend alors un sens nouveau dans nos sociétés et implique d’inventer d’autres rituels de deuil. Quelles que soient les évolutions techniques autour de la naissance, vie et mort restent étroitement imbriquées. Toute naissance modifie la place de chacun dans sa filiation et inscrit parfois le nouveau-né dans une histoire lourde d’échos.

On peut alors être tenté d’échapper aux anciennes fatalités, de déjouer le sort. Mais jusqu’où peut-on prétendre définir l’enfant à venir, jusqu’où avons-nous le droit de le faire ? Les progrès de la prédiction, le recours au diagnostic préimplantatoire, l’accès aux données génétiques, les siennes ou celles d’un donneur, nous amènent à nous interroger aussi sur les naissances de demain. Quelle place pour la contingence face à l’évolution de la génétique, qui nous installe dans un futur antérieur, où se mêlent passé et futur ?

Affinités naissantes

On aurait pu entendre de manière assez conventionnelle et académique le titre proposé d’« approches transdisciplinaires de la naissance ». Il est apparu très rapidement qu’il s’agirait pendant cette semaine de rencontres de bien plus que d’une simple confrontation des interprétations. La naissance bien entendu intéressait les chercheurs présents d’une manière professionnelle, intellectuelle, éthique. Mais aussi, et sans doute profondément encore, elle renvoyait chacun d’entre nous à des expériences personnelles, intimes, intenses et marquantes, que ce soit dans sa pratique ou dans son histoire d’enfant ou de parent. De profondes correspondances sont apparues, des trajectoires secrètes et douloureuses ont été partagées, échangées dans la compréhension tacite, dans l’évidence des regards, au fil des heures, dans les discussions qui suivaient les conférences, mais aussi autour d’une table, le temps d’une promenade ou sous les rayons du soleil tombant. Il était aussi particulièrement frappant de voir à quel point la constellation qui se dessinait autour de la naissance parlait à tous aux Treilles et a permis des échanges de la cuisine à la bibliothèque, de la piscine aux jardins, du petit déjeuner jusqu’au milieu de la nuit. Il y a sans doute un chauffeur de taxi qui se souvient encore des récits de naissance de Chantal Birman sur le chemin du retour. Reste l’impression que les dialogues n’ont été que provisoirement suspendus et qu’ils sont amenés à se poursuivre dans les mois à venir.

Plus qu’une patience des concepts, qui aurait certes parfaitement illustré le travail de la naissance, c’est la surprise des convergences d’expériences qui a marqué ce séminaire, dans la joie comme dans la douleur profonde que la naissance peut provoquer et la proximité des vécus que l’on soit philosophe ou sage-femme, psychanalyste ou Indien Sioux.

Sans doute n’est-il pas si habituel qu’après sa conférence, que l’auditoire suggère à l’intervenant qu’il développe l’un des points de l’analyse dans une autre conférence. Il a fallu déplacer les murs du temps, empiéter sur le sommeil et pour se retrouver le soir, avec joie et émotion souvent, sur la terrasse. Pour entendre Françoise Davoine parler des pratiques des « medicine men », pour écouter autrement avec Marion Hendrickx les contes de notre enfance. Ecouter aussi Carole Widmaier lire le texte si émouvant de Marion Muller-Colard et entendre résonner les échos intimes de cette angoisse d’une mère pour un enfant.

Il faut donc d’une certaine manière ajouter deux noms à la liste des participants. Celui de Marion Muller-Colard, invitée secrète, dont la pensée philosophique est une inspiration profonde pour beaucoup d’entre nous.

Ce séminaire enfin, est dédié à la mémoire de la psychanalyste et philosophe Anne Dufourmantelle, disparue tragiquement en juillet 2017. Elle avait accepté avec joie et générosité de participer à ce séminaire des Treilles après avoir été des nôtres dans celui consacré à l’imagination morale et dirigé par Nathalie Zaccaï-Reyners en juillet 2015.

C’est la puissance de sa pensée vivante, la force de ses analyses, que Claire Marin a voulu rappeler à travers une intervention inspirée par une phrase leitmotiv dans son œuvre : « Naître ne suffit pas. » Le souvenir était vif de la présence d’Anne Durfourmantelle au précédent séminaire, de sa silhouette dans la salle de conférence ou sur la terrasse.

 

Communications présentées :

François ANSERMET L’origine à venir: naître enfant demain
Patrick AUTRÉAUX Lecture ‘Les saintes huiles. Lait, sperme et fumée’ à partir d’une relecture de Jean Genet.
Lazare BENAROYO Conclusion du séminaire avec Jean-Christophe Mino
Chantal BIRMAN Le vécu féminin du passage des générations
Frédérique BISIAUX Naissance et puissance d’imaginer
Arnaud BOUANICHE La naissance, un événement polyphonique & Le soin à l’épreuve de la naissance
Françoise DAVOINE La naissance comme moment de la conception d’un enfant ou d’une œuvre
Florence DEGAVRE Discussion transversale de l’un des panels du point de vue de la socio-économie
Anne-Marie DICKELÉ Naissances, figures de vérité
Martin DUMONT Peut-on comprendre la guérison comme une renaissance ? L’expérience de la greffe
Marion HENDRICKX Les “naissances miraculeuses”
Céline LEFÈVE “Cléo de 5 à 7” d’Agnès Varda (Maladie et renaissance au cinéma)
Déborah LÉVY-BERTHERAT La “venue au monde” des enfants sauvages : un cas de naissance différée ?
Claire MARIN Conférence introductive & Naître ne suffit pas: hommage à Anne Dufourmantelle
Jean-Christophe MINO Conclusion du séminaire avec Lazare Benaroyo
Carole WIDMAIER Naissance et événementialité
Frédéric WORMS La naissance ou la renaissance de la vie humaine

 

François Ansermet Patrick Autréaux Lazare Benaroyo Déborah Bertherat Chantal Birman Frédérique Bisiaux Arnaud Bouaniche Françoise Davoine Françoise Degavre Anne-Marie Dickelé Martin Dumont Marion Hendrickx Céline Lefève Claire Marin Jean-Christophe Mino Carole Widmaier Frédéric Worms Nathalie Zaccaï-Reyners
This entry was posted in Activities, Reviews and tagged , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Bookmark the permalink.