The politics of Aesthetics (1860-1900)

Participants :

Laurel Brake, Joseph Bristow, Bénédicte Coste (Organiser), Catherine Delyfer, Clément Dessy, Stefano Evangelista, Katharina Herold, Yvonne Ivory, Ruth Livesey, Alex Murray, Tina O’Toole, Lene Østermark-Johansen, Ana Parejo Vadillo, Matthew Potolsky, Christine Reynier

Coste_Groupe2017

The politics of Aesthetics (1860-1900)
by Bénédicte Coste
2 – 7 October, 2017

Résumé :

During the seminar hosted by the Fondation des Treilles which took place between October 2 and October 7, 15 scholars (including a doctoral candidate) in Victorian and Modernist Literature, media history, gender studies, history and art history, discussed the vexed question of the politics of British Aestheticism (1860-1930). That question has long been neglected as British Aestheticism was presented as a non-political movement. However, in so far as Aestheticism was a cosmopolitan movement from its inception, and by the emphasis the multi-media movement laid upon beauty, British Aestheticism questions politics and national politics such as those of Britain, France, Italy and, to some extent, the politics of the future Republic of Ireland. Presentations discussed the complex links between different forms of Aestheticism, fin de siècle cosmopolitanisms and nationalisms all of which appeared indebted to the use of specific periodicals and literary genres. Along with canonical texts and well-known leading magazines, presentations were devoted to lesser known novels (best-seller in their time) and richly illustrated short-lived periodicals. Macro- and micro textual analyses allowed participants to delineate more precisely the links between literature and politics.

Presentations will be gathered into a collection of essays submitted to a British publisher in 2018. Sections should include Walter Pater’s place in the movement, Aesthetic cosmopolitanism and nationalism/s, the editorial politics of Aestheticism, the literary and political legacies of Aestheticism in Europe in the first half of the twentieth century.

Key words: Aesthetics, Aestheticism, cosmopolitanism, nationalism, Great Britain, Ireland, Belgium, Germany, Italy, Walter Pater, periodical press, gender identities, 19th and 20th centuries

 

Review (in French)

Ce séminaire a suscité de très nombreuses discussions et interrogations et son format a permis de très nombreux échanges, la découverte de recoupements ou d’oppositions, et surtout, il a défini des lignes de force dans l’étude de la politique, des politiques dites « esthétiques » comme indiqué ci-après. Après une courte allocution introductive destinée à cadrer le séminaire, celui-ci a commencé par l’intervention de Joseph Bristow (UCLA) qui a exploré les premières occurrences du terme « aestheticism » (1848) en le distinguant d’« aesthetics » pour montrer que ce substantif était dès l’origine lié à la représentation (v. la réalité), au corps, à l’excès et à l’érotisme. Bénédicte Coste (Université de Bourgogne) a proposé de relire l’histoire de l’Esthétisme britannique au prisme des études sur les controverses littéraires, pan peu exploré, à partir de l’exemple de la controverse sur « L’école poétique charnelle » initiée en 1871 par Robert Buchanan attaquant Dante Gabriel Rossetti, Algernon Charles Swinburne et William Morris.

Matthew Potolsky (Université d’Utah) a évoqué des scènes mettant en jeu le politique et surtout les manifestations des foules dans Là-Bas d’Huysmans et Il Piacere de d’Annunzio. Cosmopolitisme et nationalismes forment un couple destiné à évoluer au fur et à mesure de l’installation des totalitarismes du XXe siècle comme l’ont rappelé de nombreuses discussions. A l’inverse, Stefano Evangelista (Trinity, Oxford) s’est intéressé au cosmopolitisme d’Oscar Wilde dénonçant le provincialisme et de la littérature britannique dont il a retracé l’origine chez le linguiste et philologue Max Müller et qu’il a opposé au cosmopolitisme de Maurice Barrès en sa version de 1892. Clément Dessy (Université de Warwick) s’est tourné vers les relations culturelles entre la Belgique et la Grande-Bretagne au tournant du siècle et dans le premier tiers du XXe siècle pour montrer la popularité d’Emile Verhaeren au pays de Galles alors en pleine ascension nationaliste. Ces nationalismes en apparence périphériques sont moins étudiés mais constituent pourtant une façon d’envisager la politique dans ses liens avec l’art.

Katharina Herold (doctorante à Trinity, Oxford) a présenté deux exemples de cosmopolitisme allemand de la fin de siècle : celui de Paul Scherbart et celui de Stephan Georg. Si le premier met en tension l’occident et l’orient pour ressourcer l’art occidental, le second va passer d’un cosmopolitisme à un nationalisme susceptible d’être récupéré ultérieurement par le totalitarisme nazi.

La communication de Jane Desmarais (Goldsmiths College) sur Chambers Coke Haldane MacFall (1860-1928) a permis de découvrir un critique pour lequel modernité n’est pas synonyme de cosmopolitisme, mais d’art national. Dans une perspective similaire, Alex Murray (Queen’s University, Belfast) a présenté et montré une revue fin de siècle rarement étudiée, The Anglo-Saxon Review, qui a la particularité d’être esthétisante et conservatrice. Sous la direction de Lady Randolph Churchill, cette revue éphémère tentait par ailleurs de jeter un pont avec les USA.

Yvonne Ivory (University of South Carolina, Columbia) a présenté une figure liminale de l’Esthétisme britannique, John Addington Symonds, auteur d’une série d’ouvrages sur la Renaissance en Italie dans laquelle il voit les prémices de l’humanisme politique relayé ensuite par la révolution française et la démocratie. Ce dernier s’est fait le chantre du poète Walt Whitman : ses commentaires offrent de nombreuses descriptions de corps masculins appartenant à la classe laborieuse et annonçant la démocratie (libérale ?).

La question du genre a constitué un autre pôle de discussion : Catherine Delyfer (Université de Toulouse) s’est penchée sur un roman peu étudié de Lucas Malet Adrian Savage (1911) dont l’action oppose Paris et la province anglaise pour étudier les différentes figures du féminin tandis que Tina O’Toole (University of Limerick, Ireland) a présenté des figures plus tardives mais héritières des New Women des années 1890 en Irlande démontrant la persistance mais aussi la forclusion de possibilités politiques pour les femmes de la jeune république dès les années 1920. Ana Parejo Vadillo (Birkbeck College, London) s’est tournée vers la figure d’Alice Meynell dont elle a retracé les dilemmes religieux et éthiques durant la Grande guerre et présenté la poésie qui confronte l’Esthétisme au réel de la mort massive. En guise d’écho, Christine Reynier a montré l’importance de la réception de l’Esthétisme chez les auteurs modernistes Clive Bell, Rebecca West et Vita Sackville après la Grande guerre lorsqu’il s’est agi de repenser la « civilisation » à travers un renvoi à la Grèce antique.

Le dernier axe qui s’est dégagé des discussions n’est pas le moins intéressant : il concerne la place et les écrits du théoricien implicite de l’Esthétisme : Walter Pater. Laurel Brake (Birkbeck College) a présenté le compte rendu de A Century of Revolutions de W. S. Lilly par Pater de 1889 pour montrer l’importance du genre journalistique et la position extrêmement subtile de Pater face à un auteur conservateur et catholique dans une revue de haute tenue fondée sur la libre pensée. Lene Østermark-Johansen (Université de Copenhague) s’est tournée vers un roman inachevé de Walter Pater, Gaston de Latour (publié en 1896 et dont l’action se situe dans la France des Guerres de religion) pour souligner comment la figure de Montaigne montrait la valeur des incessants changements de l’individu comme point de résistance aux pressions du politique.

Ruth Livesey (Royal Holloway) s’est intéressée au statut du bruit et de la musique (si habilement théorisée par Pater) dans l’Esthétisme en montrant qu’ils font l’objet d’une pédagogie. Pédagogie du retrait devant le bruit, pédagogie de l’écoute du son, ce qui soulève la question de ses dispensateurs réels ou symboliques. The Princess Casamassima (1886) d’Henry James, roman pour une fois politique chez l’auteur américain, puis britannique, offre un champ de réflexion particulièrement riche.

Le séminaire s’est conclu sur un projet de publication des textes déjà très aboutis chez Palgrave en les organisant en sections thématiques : cosmopolitisme et nationalismes, la politique du genre, les politiques des revues, et Pater, théoricien implicite du mouvement esthétique.

 

Laurel Brake Joseph Bristow Bénédicte Coste Catherine Delyfer Clément Dessy Stefano Evangelista Katharina Herold Yvonne Ivory Ruth Livesey Alex Murray Tina O'Toole Lene Østermark-Johansen Ana Parejo Vadillo Matthew Potolsky Christine Reynier La politique du mouvement esthétique (1860-1900)
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