ProusTime : penser le temps avec Marcel Proust

Liste des participants :

Pierre-Marc de Biasi, Anaïs Bouzou, François Charru, Jean-Marc Devaud, Francis Eustache, Etienne Klein, Anne Le Draoulec, Gaël Le Roux, Marie-Paule Péry-Woodley, Isabelle Serça (organisateur), Gérard Tiné, Colette Zytnicki
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ProusTime : penser le temps avec Marcel Proust, des sciences humaines aux sciences exactes et aux arts
par Isabelle Serça
4 – 9 septembre 2017

Résumé :

Le programme de recherche transdisciplinaire ProusTime (projet Idex-Toulouse) vise à penser le temps avec Marcel Proust, des sciences humaines aux sciences exactes en passant par les arts et réunit une douzaine de chercheurs toulousains de domaines très éloignés (physique, biogéochimie, neurosciences, informatique-systèmes d’information, économie, histoire, linguistique, arts plastiques et littérature), ainsi qu’une doctorante qui mène une thèse bi-disciplinaire Littérature-Histoire. Il est porté par Isabelle Serça, professeur de Langue et Littérature françaises à l’université de Toulouse-Jean Jaurès et spécialiste de Proust. L’objectif de ce projet transversal est de confronter les conceptions du temps et de la mémoire que proposent différents domaines à partir de la représentation et de la forme stylistique qu’en offre À la recherche du temps perdu.

Le séminaire qui s’est tenu aux Treilles début septembre 2017 avait pour objectif de mener à bien l’ouvrage collectif que se propose de publier le groupe ProusTime  dans le cadre de son programme de recherches. Il a permis d’avancer significativement dans l’élaboration de la publication visée — le Dictionnaire ProusTime — en procédant à une relecture collective et critique des entrées du Dictionnaire rédigées par les participants, sous le regard des invités extérieurs, Pierre-Marc de Biasi, Francis Eustache et Étienne Klein. Chaque journée de travail était organisée autour de l’exposé de l’auteur des entrées examinées, suivi de la relecture critique par le groupe et les invités extérieurs et enfin d’une conférence de ces derniers, en rapport avec le thème des entrées examinées.

Mots-clés : Proust, temps, mémoire, transdisciplinarité, physique, biogéochimie, neurosciences, informatique, économie, histoire, linguistique, arts, littérature

Compte rendu

Le programme de recherche ProusTime, fondé sur l’écriture du temps mise au jour dans le livre d’isabelle Serça, Esthétique de la ponctuation (Gallimard, « Blanche », 2012), a pour objectif de penser le temps dans une perspective transdisciplinaire. Il s’agit en effet de confronter les conceptions du temps que proposent différents domaines scientifiques – des sciences humaines aux sciences exactes —, à partir de la représentation et de la mise en œuvre stylistique qu’en offre À la recherche du temps perdu.

Deux principes guident la démarche et fondent le projet : la référence à la littérature et la transdisciplinarité.

Le principe de la référence au texte littéraire est au cœur de ce projet : À la recherche du temps perdu, dont le temps est le personnage principal – à moins que ce ne soit la mémoire –, est le point d’ancrage à partir duquel se déploie la réflexion, tant du point de vue des descriptions fines que l’œuvre propose du temps que de la façon dont l’écriture le dessine sur le fil de la phrase. L’originalité du projet est en effet de placer la littérature au cœur du projet scientifique, contrairement à la place périphérique qui lui est souvent réservée : il ne s’agit pas de puiser dans l’œuvre de Proust des images qui illustreraient telle ou telle notion scientifique – historique, neurologique ou économique –, mais de se fonder sur la vertu heuristique des images littéraires en examinant les résonances qu’elles peuvent avoir dans d’autres domaines. Autrement dit, il s’agit de considérer l’œuvre littéraire du point de vue de ses enjeux cognitifs.

Par suite, la réflexion interdisciplinaire nécessite l’élaboration d’un langage commun, sous peine d’incompréhension entre spécialistes de domaines éloignés – langage dans lequel les vertus heuristiques de la métaphore jouent un rôle central. Ce recours aux images que propose le texte littéraire ne se fonde pas sur une quelconque valeur illustrative, mais bien sur un enjeu cognitif : la littérature – et son caractère avant-coureur – est ainsi placée au cœur du dispositif.

L’entreprise est délicate, puisque le temps est de ces concepts dits primitifs qu’il est difficile de définir, dont l’étude est d’ordinaire réservée aux philosophes : saint Augustin disait « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne m’interroge, je le sais ; si je veux répondre à cette demande, je l’ignore. » Pour faire court, c’est à la fois la variable « t » dans une équation, ce sentiment de la durée qu’éprouve tout un chacun qu’a décrit Bergson ou bien encore le théâtre où se déroule l’histoire des hommes en société.

Le risque est grand avec un tel sujet de verser dans de vaines spéculations théoriques… Ancrer la réflexion dans le texte de Marcel Proust permet d’éviter cet écueil : on part en effet de termes clefs de la Recherche soigneusement choisis pour leur plasticité d’emploi tels que « interpolation », « anachronisme » ou « traces » en s’appuyant sur l’acception précise qu’ils prennent dans la Recherche pour examiner comment ils résonnent dans d’autres domaines : ce sont ces termes qui constituent les entrées du Dictionnaire à venir, autour desquelles nous avons travaillé aux Treilles.

Ainsi de cette entrée « traces », que nous conjuguons dans le groupe ProusTime : de la trace mnésique qu’étudie le spécialiste de neurosciences et que met en lumière l’imagerie médicale au rayonnement fossile qu’étudie l’astrophysicienne, des traces que relève le biogéochimiste en creusant des carottes dans les tourbières ou en examinant les cernes d’arbres aux archives papiers ou aux monuments sur lesquels se fonde l’historienne du groupe pour mener ses recherches, le chercheur quel qu’il soit s’appuie sur des traces (qu’il recrée) pour mener son enquête. De l’histoire de l’environnement à l’histoire des hommes, des archives environnementales aux archives historiques, de la mémoire de la terre ou de celle de l’univers à celle des sociétés humaines, ce sont ces termes d’histoire, de mémoire et de traces qui font le lien.

Les personnalités extérieures au groupe ProusTime étaient invitées à poser un regard critique sur les entrées proposées ; elles reflètent le caractère interdisciplinaire du programme de recherche : Francis Eustache est Professeur de neurospsychologie à l’Université de Caen où il dirige l’unité Inserm-EPHE U1077 « Neuropsychologie et Imagerie de la Mémoire Humaine », le seul laboratoire entièrement dédié à la mémoire humaine en France. Il est le porteur du projet de recherche « 13 novembre » sur la mémoire des attentats perpétrés dans la région parisienne en novembre 2015, avec l’historien Denis Peschanski. Etienne Klein est physicien, directeur de recherche au Commissariat à l’énergie atomique (CEA) ; docteur en philosophie des sciences, il est l’auteur de nombreux ouvrages sur le temps. C’est une figure de la vulgarisation scientifique en France, comme en témoigne l’émission hebdomadaire sur France culture dont il est le producteur, la « Conversation scientifique ». Quant à Pierre-Marc de Biasi, Directeur de recherche au CNRS, il était présent à double titre, comme représentant du domaine de la génétique textuelle dont il est l’un des fondateurs (il est membre du Laboratoire de l’Institut des Textes et des Manuscrits modernes dont il a longtemps été directeur) et comme artiste plasticien. Il est aussi critique littéraire et producteur à France culture.

Chaque invité extérieur a participé à la relecture des entrées relevant de son champ disciplinaire et a donné une conférence sur le temps dans sa discipline. Le travail du groupe a ainsi bien avancé dans ce cadre propice à la réflexion et au travail d’élaboration véritablement collectif qu’a constitué ce séminaire.

Groupe ProusTime

Anaïs Bouzou, Doctorante, Littérature et Histoire (CDU Idex), Univ. Jean Jaurès (PLH)
François Charru, Professeur, Physique-Mécanique, Univ. Paul Sabatier (IMFT)
Gabriel Colletis, Professeur, Sciences économiques, Univ. Capitole (LEREPS)
Jean-Marc Devaud, Maître de conférences, Neurosciences, Univ. Paul Sabatier (CRCA)
Anne Le Draoulec, Chargée de recherche, Linguistique, Univ. Jean Jaurès (CLLE-ERSS)
Gaël Le Roux, Chargé de recherche, Biogéochimie, CNRS-Univ. Paul Sabatier (EcoLab)
Marie-Paule Péry-Woodley, Professeur, Linguistique, Univ. Jean Jaurès (CLLE-ERSS)
Maryse Salles, MC, Informatique-Syst. d’information, Univ. Capitole (IRIT)
Isabelle Serça, Professeur, Langue et Littérature françaises, Univ. Jean Jaurès (PLH)
Gérard Tiné, Plasticien, Univ. Jean Jaurès (LRA-ENSA)
Sylvie Vauclair, Professeur, Astrophysique, Univ. Paul Sabatier (IRAP)
Colette Zytnicki, Professeur, Histoire contemporaine, Univ. Jean Jaurès (FRAMESPA)

 

Pierre-Marc de Biasi Anaïs Bouzou François Charru Jean-Marc Devaud Francis Eustache Etienne Klein Anne Le Draoulec Gaël Le Roux Marie-Paule Péry-Woodley Isabelle Serça Gérard Tiné Colette Zytnicki ProusTime : penser le temps avec Marcel Proust
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