Lauréats 2016 du Prix de la Résidence pour la photographie

PrixPhoto_Laureats2016Madame Maryvonne de Saint Pulgent Président de la Fondation des Treilles et Madame Laura Serani , Présidente du jury du Prix Résidence pour la Photographie de la Fondation des Treilles , ont le plaisir d’annoncer que Andrea et Magda, Pablo Guidali et Klavdij Sluban, sont les lauréats de l’édition 2016.

Les membres du jury présents lors des délibérations aux Treilles ont souligné la variété du profil des candidats ayant participé, allant de photographes confirmés à des artistes émergeants, ainsi que le large spectre des sujets proposés.  Ils ont également salué, outre la grande qualité des dossiers, la diversité des approches et des langages utilisés pour illustrer leurs réflexions sur le thème du Monde Méditerranéen.

En remerciant tous les photographes qui ont participé, ils ont attribué une mention spéciale à Bruno Boudjelal et à Philippe Chancel et retenu, parmi les 43 finalistes, les nominés suivants : Mustapha Azeroual, Yassin Belahsene, Birte Kaufmann, Piotr Zbierski, Federica Landi , Anna Caterina Pinho et Emeric Lhuisset.

Andrea & Magda

Andrea_Magda_Palestinian_DreamAndrea et Magda sont un duo de jeunes photographes franco-italien. Ils vivent et travaillent au Moyen-Orient depuis 2008. Leurs travaux sont publiés dans la presse en France et à l’étranger et donnent lieu à des expositions. Palestinian Dream, a notamment été exposé dans le cadre du Mois de la Photo en 2014, et Sinai Park à la Maison Européenne de la Photographie dans le cadre de la première biennale des photographes du Monde arabe. Ils collaborent régulièrement avec des ONG, et des institutions internationales comme le Comité International de la Croix Rouge et l’Agence Française de Développement pour des travaux de commande. Ils ont déjà obtenu, entre autres prix, le Prix  Tabo, Fotoleggendo festival 2015 et le Prix Foiano Festival 2013

Projet

Les feuilletons télévisés au Moyen-Orient puisent leurs scénarios dans des contextes et des histoires réelles, pour construire un imaginaire qui infiltre la culture populaire: les séries, qu’elles soient produites au Liban, en Syrie, ou en Égypte, sont regardées dans tout le monde arabe, et constituent une partie importante de la culture “pan-arabe”.

A travers leAndrea_Magda_Musalsalat prisme des “Musalsalat” (soap-opera en Anglais ou  (telenovelas en Espagnol), l’idée est de restituer une vision de l’imaginaire populaire au Moyen-Orient, et questionner le rôle de la fiction télévisée dans la construction de modèles culturels. Ce projet est une étape d’une recherche plus ample sur les transformations de la société et des territoires au Moyen-Orient, dans le contexte de la mondialisation, projet initié avec deux premiers projets réalisés depuis 2012 “Palestinian Dream” et “Sinai Park”. L’enjeu étant aussi de réinventer la représentation du Moyen-Orient contemporain.

http://andrea-magda.photoshelter.com/gallery-list

 

Pablo Guidali

Photographe uruguayen, Pablo Guidali, 40 ans,  vit à Marseille depuis cinq ans.  Diplômé en 2010  de l’Ecole Nationale Supérieure de Photographie d’ Arles il a été intervenant dans cette même école de 2011 à 2015. Il a aussi intégré la Casa Velasquez de 2013 à 2014 et obtenu de nombreux prix dont le Prix Georges Wildenstein en 2014 et la Bourse d’aide à l’édition du Conseil Général des Bouches du Rhône en 2015.

Projet

Pablo Guidali présente ainsi son projet :

Mon projet prévoit la réalisation d’un travail photographique impliquant la création d’un univers fictionnel personnel, inspiré par le concept d’arrabal et sa signification dans la culture du Río de la Plata — zone géographique et culturelle partagée entre l’Uruguay et l’Argentine.

Le terme espagnol arrabal désigne un regroupement suburbain, en général associé aux classes populaires, un quartier se situant hors de l’enceinte de la ville à laquelle il appartient. Dans la région du Río de la Plata, l’utilisation de ce mot fait référence au territoire de métissage entre les immigrés – espagnols et italiens pour la plupart -, et les populations provenant de la campagne qui peuplaient les alentours des grandes villes vers la fin du XIXsiècle. Ces espaces sont devenus par la suite le théâtre récurrent d’une grande partie de la littérature rioplatense, un des grands sujets d’inspiration de la poésie du tango et un élément fondamental de l’imaginaire culturel uruguayen et argentin.

Au-delà de ses caractéristiques concrètes, l’ arrabal est un espace symbolique, un concept ouvert et abstrait qui se déploie à travers la subjectivité de chacun de ses narrateurs. En effet, son intérêt provient moins de sa réalité physique que de l’imaginaire de ceux qui le racontent. C’est pourquoi l’ arrabal se distingue des concepts de “faubourg” ou “banlieue”, par ces nuances idiosyncratiques forgées par la littérature, la musique et d’autres manifestations artistiques.

Je suis né en Uruguay et y ai vécu jusqu’à mes trente ans. C’est pourquoi, malgré ma double nationalité, je me sens avant tout uruguayen. Une identité complexe, contradictoire, celle de ceux qui “descendent des bateaux” . Dans ce contexte, l’analyse de mon travail m’a permis de constater l’influence que cet espace symbolique a exercé sur moi tout au long de mon parcours vital et artistique et mon désir croissant d’explorer les possibilités de cet imaginaire. Il s’agit donc de construire un arrabal contemporain enrichi par mon propre récit, dans un croisement de cultures qui est le mien, celui d’un Uruguayen de famille espagnole, avec un passeport italien et vivant en France.

Durant ces cinq dernières années, j’ai vécu la plupart du temps à Marseille. Je suis attaché à cette ville, à la vie qui y déborde, une vie palpable, humaine, déroutante, où se mêle aussi quelque chose de tragique, de triste, comme dans une vraie fête. Il y a d’abord une attirance pour ce mouvement de la foule, pour ce quotidien chaotique, pour la diversité et parfois l’incohérence des personnages. Dans mon attirance pour cette ville se fait jour aussi un sentiment de nostalgie, car Marseille évoque inévitablement mon attachement pour d’autres villes comme Montevideo ou Buenos Aires. Des villes portuaires et cosmopolites, terres d’immigrants. Des endroits dans lesquels j’ai grandi, des lieux qui m’ont marqué, et qui sont à l’origine de cet espace symbolique autour duquel je souhaite construire mon projet.

Marseille se présente ainsi comme un terrain de jeu idéal pour donner forme à mes pablo_guidali_004intentions. En partant d’une confrontation avec ce territoire, mon projet implique la réalisation d’un corpus d’images, dans un registre poétique, visant la construction d’un ensemble de scènes, personnages, ambiances et situations, qui donneront forme à un univers personnel inspiré par le concept d’arrabal, dans une dynamique où entrent en tension et s’articulent le réel et le fictionnel.

La population indigène qui peuplait le territoire de l’Uruguay a été entièrement exterminée lors de la colonisation espagnole. C’est pourquoi on utilise de façon courante cette expression pour parler de l’ascendance européenne des uruguayens.

http://www.pabloguidali.com/index.html

 

Klavdij Sluban

K_SLUBAN_Russie_Transsibérien_2007Klavdij Sluban est né à Paris en 1963. Il mène une oeuvre souvent empreinte de références littéraires, en marge de l’actualité immédiate. Ses cycles photographiques vont de l’Est (Balkans-Transit, Autour de la mer Noire-voyages d’hiver, Autres rivages-la mer Baltique, Transsibériades, etc.) jusqu’à l’archipel des îles Kerguelen.

Lauréat de la Villa Médicis-Hors-les-Murs (1998), du prix Niepce (2000), du European Publishers Award for Photography (2009), de la Villa Kujoyama (2016), Klavdij Sluban photographie les adolescents en prison depuis 1995 en France, en ex-Yougoslavie, en ex-Union-Soviétique, en Amérique latine, partageant sa passion avec les jeunes détenus en créant des ateliers photographiques. Ses travaux sont conservés et exposés dans de nombreuses institutions : Musée de la Photographie à Helsinki, Musée des Beaux-arts de Shanghai, Metropolitan Museum of Photography de Tokyo, Museum Texas Tech aux États-Unis, National Museum of Singapore, Rencontres d’Arles, Maison Européenne de la Photographie, Centre Georges Pompidou. En 2013, le Musée Niépce lui a consacré uneK_SLUBAN_Japon_2016 rétrospective, Après l’obscurité, 1992-2012.

Il a publié de nombreux ouvrages dont Entre Parenthèses, Photo Poche, (Actes Sud), Transverses (Maison Européenne de la Photographie), Balkans Transit (Seuil), East to East (prix EPAP 2009).

Projet

Composé autour de l’exil voici comment Klavdij Sluban décrit son projet.  « Le dos tourné à la Riviera, un paysage plus marqué, plus subtil, offre au regard du marcheur une interprétation où l’espace de la Nature et le temps de l’Histoire se superposent.

Quel motif peut pousser un jeune homme et une jeune fille de vingt ans à quitter leur maison natale, leur pays natal ? Je ne l’ai jamais su. Mes parents ne me l’ont jamais dit.

En 1961, ils ont traversé la frontière entre la Yougoslavie et l’Italie et ont marché jusqu’à Paris. Des bribes. Des noms de lieu. Beaucoup de noms de lieux, ma mère avait étudié la littérature, d’où le désir de Paris. Sur les conditions dont le périple s’est déroulé, des « A quoi bon en parler ?… », « Cela nous a tout de même pris plus d’une demi-année ». Six, sept, huit mois ?

L’exil s’est fait pas à pas, du jour au lendemain. Avec des haltes. De durées variées, pour gagner l’argent pour continuer, pour ne pas se faire prendre, hésitant parfois à rester en tel lieu. Mon père parlait parfaitement italien. Tourneur fraiseur de formation, il trouvait aisément des embauches de durées variables.

Le parcours ? Difficile à tracer point par point sur la carte. Des zigzags, des détours, des cachettes, des lieux sûrs, d’autres non. Et puis buter et buter encore contre la frontière française.

Parcours réel qui devient imaginaire dans l’esprit de celui qui voudrait lier lieux géographiques sur une carte et sentiments de deux jeunes gens, tantôt enthousiastes, tantôt perdus, tantôt totalement perdus.

Entre les bribes, le souvenir et la carte, ce parcours est aussi fidèle que…la mémoire. Frontière entre la Slovénie et l’Italie, Nova Gorica (Slovénie), Stara Gorica / Vecchia Gorizia (Italie) ; Trst / Trieste ; Venezia Mestre, Genova ; frontière entre l’Italie et la France, Ventimiglia / Vintimille, la Ligurie et l’arrière- pays (Fanghetto, Pigna, San Biagio della Cima, Vilatella…) ; passage côté français.

Les noms des lieux sont écorchés, confondus, oubliés à partir de ce moment à cause de la méconnaissance de la langue. Le Parc du Mercantour, le Parc du Verdon, le Parc du Lubéron. En France, les grandes villes ont été évitées.

Le projet sera réalisé en couleur (numérique).

« En passant de la Yougoslavie à l’Italie, je suis passé du Noir et Blanc à la couleur » a dit mon père.

Les photographies urbaines seront réalisées de jour car « il ne faisait pas bon traîner la nuit », les photographies de paysages seront réalisées de nuit, avec trépied, sur pose longue « car il ne faisait pas bon traîner le jour ».

Ce cycle sera réalisé avec en tête un écrivain de l’arrière-pays ligure, Francesco Biamonti. Grâce à François Maspero j’ai pu rencontrer Biamonti. Grâce à Biamonti j’ai pu comprendre bien des choses qui ne m’ont pas été dites.

Homme de frontière, entre deux pays, si proches, si différents, il a décrit ces terres parsemées de sentiers de passage clandestin, avec ces hommes blessés, ne trouvant plus de refuge ni de certitude.

Des griffures du maquis, des dangers des paysages, des exodes sur les sentiers de passage, Biamonti a su traduire la puissance et le silence. Pourtant, dans sa langue lyrique, il écrit aussi:

“Raconter avec douceur, c’est rendre le monde habitable.Ces soirs qui vont de l’or au rose, à la gamme des gris, ces préludes à un plus grand passage. “

Ce projet, le plus intime de mes projets photographiques, s’inscrit de plain-pied dans l’Histoire contemporaine, des réfugiés, des exilés cognant contre les frontières.

Ce projet sera pourtant traité de façon à laisser place à l’imaginaire. La perception de lieux nouveaux sera plus importante que la description illustrative. Le sentiment de l’exilé sera la trame d’une écriture photographique personnelle. Lumière éblouissante, sous-jacente, angoissante, tactile, vivante, fuyante, comme l’exil.

Ce projet est un hommage à deux clandestins anonymes, mes parents. »

https://www.sluban.com/

 

 

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