Hommage à Thibaut Cuisset (1958 – 2017)

Thibaut_Cuisset_Lozère
Nous avons appris avec une immense tristesse le décès de Thibaut Cuisset, survenu le 19 janvier des suites d’un cancer.

Maître et figure incontournable de la photographie du paysage, Thibaut Cuisset a été, l’année dernière, lauréat du Prix Résidence pour la Photographie de la Fondation des Treilles.

Pendant sa résidence Thibaut a porté son projet, comme il se l’était proposé, « … sur le paysage méditerranéen français et, plus précisément, sur l’idée de l’arrière-pays avec la persistance d’un monde rural et peut-être même pastoral en Provence, dans les départements du Var, des Alpes-Maritimes et des Alpes-de-Haute-Provence… En évoquant la forêt, la montagne, et les campagnes périurbaines avec leurs zones de frictions. »

En juillet dernier, Thibaut m’avait montré les tirages de travail issus de son séjour à la Fondation. Plus de cinquante épreuves, parmi lesquelles on savait déjà qu’il aurait été difficile de choisir. Des images comme toujours à l’équilibre parfait entre l’enquête documentaire et la recherche esthétique. Thibaut savait restituer le paysage avec une grâce et une poésie impossibles à confondre. Malgré sa discrétion proverbiale, l’empreinte de son regard est omniprésente dans son œuvre. Regard qui n’a pas seulement enrichi l’histoire de la photographie, mais aussi influencé notre façon de voir les paysages.

Dans le catalogue d’une exposition, réunissant peintures d’après nature et photographies en 2001, Laurent Martin écrivait : « Je vais souvent voir Thibaut Cuisset dans son atelier. Ses photos y sont entreposées comme des toiles et, pour le visiteur, il les dévoile, les regarde; il apprécie les commentaires mais ne dit rien lui-même. Le contraste est frappant entre cette réserve silencieuse et la clarté de ce qui s’offre à nos yeux. Mais le visiteur à son tour aura du mal à raconter ce qu’il a vu, car les photos de Thibaut Cuisset ne décrivent rien, ne racontent rien…que l’art de voir. Aux paysages de cette exposition, vous serez bien en peine d’accoler un sentiment dramatique : mélancolie? tranquillité? angoisse, paix? (…) Toutes ces photos témoignent d’un refus obstiné du spectaculaire, dans le sujet comme dans le cadrage ou les contrastes, et ce dépouillement force le regard vers le détail. » *

Toutes nos pensées et nos condoléances vont ces jours-ci à sa famille et à ses proches.

Laura Serani, présidente du jury de la résidence de photographie

 

*Francesco Colacicchi, Paysages. Peintures. Thibaut Cuisset, En plein midi. Photographies
Textes Giorgio Bonsanti et Laurent Martin. Coffret, édition Galeries photos Fnac. 2001

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