Exposition « Une lecture » 1903 – Théo Van Rysselberghe

Une_Lecture_Théo_Van_RysselbergheL’exposition se déroulera du 5 au 30 décembre 2017 à la Médiathèque d’Agglomération de Draguignan autour du tableau « Une lecture » peint en 1903 par Théo Van Rysselberghe. L’inauguration aura lieu le vendredi 15  décembre 2017 à 18 heures Télécharger l’invitation

La Fondation des Treilles participe à cet événement par le prêt de nombreux ouvrages et documents écrits par (ou concernant) plusieurs des protagonistes figurant sur cette toile.

Préface de l’exposition (par Jean-Pierre Prévost)

« Une lecture » est le titre de ce fameux tableau de groupe peint par Théo Van Rysselberghe en 1903, et qui représente Henri-Edmond Cross, Félix Fénéon, Henri Ghéon, André Gide, Félix Le Dantec, Maurice Maeterlinck, Francis Vielé-Griffin, réunis autour de leur ami Émile Verhaeren, qui leur lit un poème.

Le tableau est une huile sur toile de grande dimension : hauteur 1,81m, largeur 2,41m, dont l’original est exposé au Musée de Gand en Belgique, qui en est le propriétaire.

L’exposition proposée ici, et le livre qui l’accompagne, sont consacrés à la genèse de ce tableau, l’occasion de dresser le bref portrait de chacun des protagonistes qui figurent sur la toile, et celui du peintre qui a eu l’idée de les rassembler, de raconter dans quelles circonstances ils se sont rencontrés, quels liens amicaux ils ont tissé entre eux, quelles préoccupations artistiques et littéraires les animent à cette époque. Leurs portraits sont ici conçus de telle façon qu’ils renvoient les informations de l’un à l’autre, en les complétant.

Cette approche ne prétend pas épuiser le sujet, mais plus modestement fournir quelques repères historiques, biographiques, bibliographiques et anecdotiques parfois, pour donner, je l’espère, le désir au spectateur et au lecteur d’en savoir plus.

Ce tableau de groupe est représentatif d’un genre pictural dont la tradition remonte, dit-on, à Rembrandt et à Frans Hals. A une époque plus récente, on pourrait citer, parmi d’autres, Henri Fantin-Latour, qui peint en 1872 Le coin de table  sur lequel figurent notamment Verlaine et Rimbaud. Puis en 1901, Jacques-Emile Blanche, alors jeune peintre (et fils du Docteur Blanche, le célèbre aliéniste) qui réalisa à son tour André Gide et ses amis au Café maure de l’Exposition universelle de 1900. Ce tableau, également de grande dimension (2,20×1,56) regroupait alors autour de Gide triomphant, vêtu de sa fameuse pèlerine noire et de son chapeau, son éternelle cigarette à la main, ses amis Eugène Rouart, futur homme politique, Athman Ben Salah, jeune poète rencontré par Gide en Algérie, Henri Ghéon, poète, peintre et accessoirement médecin, intime de l’auteur des Nourritures terrestres, et Charles Chanvin, poète lui aussi. Enfin Max Ernst, en 1922 utilisera le même procédé pour  Le rendez-vous des amis, qui regroupe ses amis  les surréalistes.

À l’époque ou Théo Van Rysselberghe réalisa UNE LECTURE, unique dans sa production, le groupe d’amis avait l’habitude de se rencontrer et de faire Salon chaque lundi, au domicile d’Émile  Verhaeren et de sa femme Marthe à Saint-Cloud, près de Paris. C’est  sans doute ce qui a donné au peintre l’idée de fixer sur la toile ce moment de grâce, et de rendre un hommage particulier au poète, représenté ici avec sa fameuse veste rouge-orangé, lisant un poème, et dans une belle attitude inspirée, que le geste de  la main théâtralise.

Les avis divergent, quant à sa conception, mais l’hypothèse la plus vraisemblable est que Théo fit d’abord des esquisses séparées de chacun des protagonistes, soit chez Verhaeren, soit au cours de différentes séances de travail, comme en attestent les correspondances, soit encore chez les uns et les autres. Ces esquisses furent ensuite assemblées dans l’atelier de Théo, 44 rue Laugier à Paris XVIIème. Un long travail de gestation et, pourrait-on dire, de mise en scène qui s’étendit sur plusieurs mois.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               Maria Van Rysselberghe, la Petite Dame, épouse de Théo, raconte dans Le Cahier III bis des Cahiers de la Petite Dame, que chacun des protagonistes fréquentait Le Laugier, lieu de rencontre, d’amitié, d’échanges et de lectures très ouvert. Elle ajoute que le tableau est un arrangement, un épisode factice. Les êtres y furent choisis pour leur importance ou l’intérêt de leur figure ; et bien que tous fréquentassent chez nous, ils ne faisaient pas partie du même groupe. La petite maison du Laugier connut beaucoup de lectures fameuses, sans compter les auditions musicales ; mais pas justement celle qui fut peinte […] L’atelier se prêtait à ces réunions, on y pouvait être nombreux, mais nos hôtes faisaient plutôt partie du milieu de la future NRF.

Qui sont alors ces neuf amis, et qu’est-ce qui les rassemble ?

Ils sont peintres (Théo Van Rysselberghe et Henri-Edmond Cross) poètes (Emile Verhaeren et Maurice Maeterlinck) écrivain, essayiste, dramaturge (André Gide) critique d’art (Félix Fénéon) biologiste et philosophe (Félix Le Dantec) médecin, poète, romancier, critique littéraire, peintre (Henri Ghéon) poète, écrivain, critique et éditeur de revues (Francis Vielé-Griffin). On pourra s’étonner au passage qu’aucune femme n’y figure, même si le rôle fédérateur joué par Maria Van Rysselberghe apparaît clairement, mais discrètement, comme on verra tout au long de l’exposition.

Comment le choix de ces huit personnalités s’est-il imposé à Théo Van Rysselberghe ?

La question reste posée, même si l’hypothèse de forts liens d’amitié et d’admiration mutuelle, de fortes affinités artistiques et philosophiques sont sans doute l’une des clefs essentielles de cette rencontre picturale.

 

Jean-Pierre Prévost, commissaire de l’exposition

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