Celles qui avaient un nom. Marques du genre dans l’antiquité grecque archaïque et classique

Liste des participants :

Marie Augier, Claudia Beltrao, Lydie Bodiou, Sandra Boehringer, Louise Bruit, Hélène Castelli, Thibault Clérice, Nathalie Ernoult, Adeline Grand-Clément, Romain Guicharrousse, Patricia Horvat, Ana Iriarte, Sophie Lalanne, Laurie Laufer, Flavien Monnier, Annalisa Paradiso, Sandra Péré-Noguès, Pauline Schmitt-Pantel, Violaine Sébillotte-Cuchet (Organisatrice), Flavien Villard.

Sébillotte_Groupe_2016

Celles qui avaient un nom. Marques du genre dans l’antiquité grecque archaïque et classique / Women who bore a name. Gender marks in Greek Antiquity (VIIIe – IVe BCE)
par Violaine Sébillotte
20 – 25 juin 2016 2016

Résumé

Eurykleia est le nom donné à un projet de base de données né en 2014, doté d’un premier financement de la part de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne en 2015 et dont le séminaire en résidence aux Treilles en juin 2016 a donné le coup d’envoi international.

L’objectif de la base de données est de rassembler de façon raisonnée des informations sur les femmes qui ont laissé leur nom dans les sources historiques de l’Antiquité gréco-romaine. Ne sont pas prises en compte les figures mythiques ni, pour l’heure, les femmes anonymes. La délimitation chronologique et géographique retenue est large : l’enquête porte sur les mondes grec et romain. Il s’agit d’offrir au grand public comme aux spécialistes un accès à des documents variés portant sur des actions et fonctions tenues par des femmes dans les sociétés antiques. Le programme fédère actuellement plus d’une vingtaine de chercheurs, informaticiens, philologues, historiens, épigraphistes ou archéologues, confirmés ou doctorants, issus de France, d’Italie, d’Espagne, du Brésil, de Suisse qui travaillent sur le monde grec et romain. Un carnet de recherches en ligne sert de vitrine à l’avancée du projet : http://eurykleia.hypotheses.org/

Mots-clefs : Eurykleia, Antiquité grecque et romaine, genre, femmes, dénomination

Compte rendu

Le nom Eurykleia a été choisi par référence à la nourrice d’Ulysse qui, dans l’Odyssée, est la première à reconnaître le héros alors qu’il est travesti en mendiant. Le personnage est emblématique de toutes ces figures féminines antiques qui ont longtemps été reléguées dans l’ombre ou associées à des rôles mineurs – en raison du silence de l’historiographie ancienne ou moderne. Or les études actuelles sur l’antiquité grecque et romaine tendent justement à remettre en cause l’idée d’une subordination générale des femmes, qui auraient été collectivement soumises aux hommes et écartées de toute fonction sociale prestigieuse. Au-delà d’affirmations de principe, toujours sujettes à caution, le projet Eurykleia entend rendre accessible au public, savant ou non, l’ensemble des noms de femmes citées dans la documentation écrite antique pour leur comportement, leur fonction ou leur action. Il s’agit bien de rétablir la visibilité de la composante féminine des cités grecques.

L’originalité du projet réside d’une part dans son caractère systématique et quantitatif, autorisé par la technique numérique développée par les ingénieurs informaticiens participants au projet, d’autre part dans son caractère qualitatif, apporté par les spécialistes des documents antiques mobilisés. Eurykleia est ainsi un projet qui emprunte à la prosopographie en ce qu’il utilise les ressources des grandes enquêtes mises au point au XXe siècle et dont le Dictionary of Personal Names d’Oxford constitue un outil essentiel. Néanmoins, du point de vue de la méthode et des résultats, son ambition est autre puisque par l’enquête méthodique et l’analyse documentaire, il donne à voir les dispositifs antiques mis en place par les Anciens pour décrire, valoriser ou dévaloriser des comportements de femmes.

Le séjour aux Treilles a permis à l’équipe de mettre au point de façon collective les principes généraux : à partir d’une base de données dans laquelle il entrera par le nom d’une femme et par un document particulier – le document qui nomme cette femme – l’utilisateur pourra découvrir la richesse et la diversité des actions possibles (offrir un ex-voto, remplir une charge de prêtresse, être garante dans un contrat de prêt, vendre une terre, témoigner dans un procès, enseigner les mathématiques, etc.), l’environnement social des actions de femmes (agir seule ou avec des parents, présence ou non d’un intermédiaire masculin, les institutions politiques encadrant les actions ou les honneurs rendus, etc.) et leur perception par les rédacteurs des documents qui les nomment (modalisation positive ou négative, points de vue enchâssés cohérents ou incohérents, etc.). La richesse documentaire de l’Antiquité méditerranéenne et la variété des supports utilisés (manuscrits, papyrus, inscriptions sur pierre, plomb, bronze, céramique ; monnaies, etc.) feront de cette base une véritable encyclopédie des manières dont les Anciens se représentaient leurs contemporaines. Elle permettra d’étudier, à nouveaux frais et selon des critères scientifiques transparents, les catégorisations que nous pratiquons spontanément comme celle de « division des sexes » et de décrire plus finement la complexité des sociétés antiques.

Les ateliers organisés au cours de la semaine ont permis d’alterner des temps de discussions collectives et d’échanges entre informaticiens et Antiquisants, et des moments de travail individuel. À la lumière des échanges qui ont suivi les moments de travail en autonomie, les responsables ont affiné le guide de saisie afin de l’adapter au mieux à la variété des documents étudiés par chacun de membres du projet (images, monnaie, épitaphe, texte médical, écrit historique, poésie mélique etc.). Pour la documentation épigraphique, Louise Bruit a ainsi présenté des documents mentionnant des prêtresses de Déméter, Romain Guicharrousse des inscriptions où apparaissaient des métèques à Athènes, Flavien Villard des textes en lien avec le domaine athlétique et agonistique, tandis que Marie Augier a présenté plusieurs décrets honorant des femmes qui ont été prêtresses ou ont accompli des actes d’évergésie.

Les textes grecs issus de la tradition manuscrite ont été abordés par dix participantes qui se sont appuyées sur des sources de nature diverse : l’anthologie grecque (Sandra Boehringer et Laurie Laufer), le corpus hippocratique (Lydie Bodiou et Hélène Castelli), certains passages des traités platoniciens (Nathalie Ernoult), les Œuvres morales de Plutarque (Pauline Schmitt), les romans grecs (Sophie Lalanne), certains passage d’Hérodote (Violaine Sebillotte et Ana Iriarte), les femmes lydiennes dans des sources littéraires variées (Annalisa Paradiso). Pour le monde romain, Claudia Beltrao accompagnée de Patricia Horvat a enfin présenté des documents de Tite-Live et de Cicéron mentionnant des noms de femmes.

La numismatique, à travers une série de monnaies mentionnant des reines hellénistiques, et l’iconographie, notamment des graffitis sur vase, ont été abordées respectivement par Sandra Péré-Noguès et Adeline Grand Clément.

La réflexion a aussi porté sur la question de l’interopérabilité de la base Eurykleia grâce aux interventions de Flavien Monnier et Thibaut Clérice, deux des informaticiens en charge de la base. Les travaux ont permis de définir les indexations utiles pour rendre cette interopérabilité efficace notamment avec le LGPN d’Oxford, la base Perseus de Tuft University, la base Pleiades pour la localisation géographique et l’ensemble des sites qui font autorité dans le référencement des documents de type épigraphique, papyrologique ou iconographique.

Il reste donc à développer l’interface de la base, qui devrait être accessible à l’ensemble des collaborateurs scientifiques dès 2017, et continuer à l’alimenter avec des notices descriptives détaillées. La présentation de la base de données aux collaborateurs du projet se fera lors d’une journée d’étude à l’INHA à Paris le 24 janvier 2017. Une publication prévue pour 2018 dans la revue Archimède permettra enfin de livrer le fruit des premières réflexions et découvertes scientifiques suscitées par la mise en place d’Eurykleia. L’ouverture de la base en accès public est prévue pour 2018.

 

Marie Augier Claudia Beltrao Lydie Bodiou Sandra Boehringer Louise Bruit Hélène Castelli Thibault Clérice Nathalie Ernoult Adeline Grand-Clément Romain Guicharousse Patricia Horvat Ana Iriarte Sophie Lalanne Laurie Laufer Flavien Monnier Annalisa Paradiso Sandra Péré-Noguès Pauline Schmitt-Pantel Violaine Sébillotte-Cuchet Flavien Villard Celles qui avaient un nom. Marques du genre dans l'antiquité grecque archaïque et classique - Fondation des Treilles
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