Area studies versus approches disciplinaires ? Un faux dilemme

Liste des participants :

Pauli Bauer, Alain Blum, Pascal Bonnard, Gabrielle Chomentowski, Ioana Cîrstocea, Françoise Daucé (co-organisateur), Michel Dobry, Anne Le Huérou, Marie-Hélène Mandrillon, Marie-Claude Maurel (co-organisateur), Georges Mink (organisateur), Ioana Popa, Kathy Rousselet, Ioulia Shukan, Carole Sigman, Frédéric Zalewski, Amélie Zima
En présence d’Alain Peyraube, Président du conseil scientifique de la Fondation des Treilles

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Area Studies versus approches disciplinaires ? Un faux dilemme
par Georges Mink
10 – 15 juillet 2017

Résumé :

Nous avons réuni un petit groupe de spécialistes représentant différentes générations de chercheurs, chercheuses, enseignants chercheurs, enseignantes chercheuses, issus des principales institutions concernées (CNRS, Universités), les uns spécialistes d’aires géographiques différentes mais confrontées à des problèmes comparables, les autres spécialistes disciplinaires ayant réfléchi à la question.  Pour l’essentiel il s’agissait de faire le point sur les conséquences de l’instrumentalisation de la fausse opposition entre les études sur les aires géoculturelles particulières et les approches disciplinaires.

Cette réflexion collective a permis de produire un certain nombre de recommandations pour nourrir le débat sur la politique scientifique ; elle  a posé aussi les jalons de la constitution  d’une association professionnelle à l’échelle nationale (élection d’un comité d’initiative afin de préparer un projet de statut et convoquer une AG constituante),  à l’image des associations disciplinaires ou aréales existant à travers le monde.

Cette Association pourrait demander d’adhérer à International Council for Central and East European Studies (ICCEES) et organiser une conférence européenne en 2019, un an avant le 10e  Congrès Mondial de ICCEES à Montréal, à l’occasion de l’anniversaire de 1989 et des élections au Parlement Européen.

Compte rendu / Déroulement de la rencontre

Lundi 10 juillet

 

Les travaux ont débuté à 16 heures par un exposé de cadrage de Georges Mink (lire l’introduction) ; il a retracé rapidement les vicissitudes des processus de légitimation de la communauté des spécialistes de pays de l’Europe centrale, de l’Europe orientale, de l’URSS et de la Russie face aux tenants de l’approche exclusivement disciplinaire.

Ensuite ont suivi deux exposés :

  • Les sciences sociales et les spécificités des études sur la Russie : Quels outils conceptuels ? par Françoise Daucé
  • L’itinérance d’une aire géo-historique : l’Europe centrale et orientale, par Marie-Claude Maurel

L’exposé s’attache à décrire les différents modes de désignation de l’aire et l’historique des empruntes et des dominations idéologiques. Une revue des auteurs et en conclusion la suggestion de faire renaître l’intérêt pour des auteurs comme Jeno Szucs. Rappel que l’apparition institutionnelle de l’UE renouvelle la démarche sur les frontières.

 

Mardi 11 juillet – Circulations, contacts, transferts dans le cadre de l’aire géo-historique et avec d’autres régions du monde

  • Formes d’organisation des connaissances sur des espaces étrangers en France au milieu du XXe siècle : les interactions entre « régimes disciplinaires » et « études sur les aires culturelles », par Ioana Popa

Elle procède à une étude sociogénétique minutieuse des interactions extra et intra institutionnelles des premiers spécialistes de l’aire, notamment à l’EPHE, VI e section.

  • Les contacts entre les marges Est et Sud de l’Europe : des circulations oubliées ? par Pascal Bonnard et Gabrielle Chomentowski

Il s’agit d’une présentation à deux voix d’une recherche en état de projet.

  • Les théories du populisme comme discipline comparative, par Frédéric Zalewski

L’auteur propose une réflexion pointue sur le concept, ses évolutions et ses vulnérabilités épistémologiques.

  • L’enseignement supérieur et la « verticale du pouvoir » en Russie, par Carole Sigman

L’accent est mis sur le « new public management » : la quantification forcée des objectifs qui rappelle la planification de type soviétique. Il s’agit du secteur stratégique pour redonner à la Russie une place dans le rapport des forces international. La désaffectation de l’Etat comme financier de l’enseignement supérieur ;

  • Les politiques de sécurité en Europe centrale et orientale, par Amélie Zima
  • Autour du Maîdan, par Youlia Shukan

L’auteure opte pour un sujet plus précis : le « vigilantisme » (dans le cadre des recherches aux Etats Unis et à Sciences Po Paris). Sur l’exemple d’Odessa. Définition comme action de substitution par l’auto-défense face à la faillite de l’Etat.

 

Mercredi 12 juillet (matinée) : Les agencements disciplinaires induits par le modèle « aire culturelle » : pluri ou interdisciplinarité ?

Problèmes et questions traités :

Historique

Inventaire des travaux (pas nécessairement exhaustif)

Particularités de la discipline

Quid du dilemme « aera studies » et/ou approches disciplinaires

Animation : Alain Blum

  • Point de vue d’historien et démographe par Alain Blum
    A. Blum insiste sur le fait qu’il s’agit d’une discipline par excellence comparativiste et décrit l’historique du dialogue entre INED et l’Europe centrale et orientale. L’importance de l’ouverture après 1989 et 1991. L’approfondissement des opportunités et des connaissances de l’aire culturelle renforcent l’approche disciplinaire.
  • La science politique par Kathy Rousselet

et

  • La sociologie par Anne Le Huérou

 

Les deux collègues font un exposé complémentaire en se partageant les approches. Kathy Rousselet rappelle à juste titre l’importance du DEA de Sciences Po qui a formé plusieurs générations des spécialistes croisant les approches disciplinaires et les connaissances des aires culturelles. Sa disparition n’a pas entrainé un remplacement équivalent structurel. Les deux intervenantes postulent que soit dé-exotisés les terrains de l’Europe centrale et orientale.

 

  • La géo-histoire par Pauli Bauer

L’exposé porte sur la géo-histoire et son caractère interdisciplinaire. Il traite de la question de la « spatialité » dans la « temporalité ». Comment penser les structures spatiales ? L’exposé se concentre sur les travaux allemands porteurs de la problématique de la Mittelleuropa et de la conception « völkisch » de l’Europe centrale.

 

(Après-midi) – Nouveaux horizons : présentation de projets et/ou résultats des recherches (1)

 

Modérateur : Fréderic Zalewski

 

  • Les résistants du Net, par Françoise Daucé

Il s’agit d’une nouvelle recherche qui a obtenu le statut de l’ANR et les financements qui s’en suivent. Les processus de démocratisation par les usagers et la régression. Emprise du pouvoir sur le web. Développements d’usages d’outils de contournement des contraintes et de la surveillance.

 

  • Les archives du Goulag, par Alain Blum

L’exposé tire des enseignements d’une recherche ANR menée au CERCEC. La portée internationale permet de dénationaliser et de décloisonner les visions nationales de la répression et des déportations aussi grâce à l’articulation entre les interviews et les archives.

 

  • Constructions transnationales des études sur le genre comme nouveau domaine de production de savoirs après le socialisme, par Ioana Cirstocea

L’intervenante retrace l’historique des études du genre à l’Est et ses contradictions, notamment le chevauchement entre les études du genre, comme discipline académique à part entière et les mouvements féministes.

 

Jeudi 13 juillet – Nouveaux horizons : présentation de projets de recherche (2)

Trois révolutions en Ukraine (projet animé par le Collège d’Europe, Campus de Natolin, par Georges Mink, n’a finalement pas été présenté puisque la décision a été prise d’avancer la demie journée de temps libre pour les visites des environs.

Cela a permis de consacrer la journée entière de vendredi aux conclusions, à la discussion des suites à donner au séminaire et procéder à l’examen des difficultés rencontrées sur le terrain

 

Vendredi 14 juillet – Perspectives et recommandations

Matinée de conclusions animée par Michel Dobry

Conclusion par Michel Dobry (lire l’intervention de clôture)

Présentation de ICCEES par Georges Mink

Discussion sur les perspectives de la Revue d’Etudes Comparatives Est-Ouest, animée par Françoise Daucé

 

Projets discutés au terme du séminaire :

  • Constitution d’une association professionnelle
  • Organisation d’un congrès européen à Paris sur le bilan 1989-2019, Trente ans plus tard…

 

Projections durant le séminaire :

  • Documentaire sur la Pologne, « Enigme polonaise, la sortie du communisme », ARTE, 2005
  • Film de Marc Ferro « Lénine par Lénine », 1970, 1h01′. Présentation de sa réception en France et en URSS par Marie-Hélène Mandrillon.
  • « Lénine » (Michel Dobry)
  • « Citizens K » (Georges Mink, Eyal Sivan)
Pauli Bauer Alain Blum Pascal Bonnard Gabrielle Chomentowski Ioana Cîrstocea Françoise Daucé Michel Dobry Anne Le Huérou Marie-Hélène Mandrillon Marie-Claude Maurel Georges Mink Alain Peyraube Ioana Popa Kathy Rousselet Iulia Shukan Carole Sigman Frédéric Zalewski Amélie Zima Area studies ou approches disciplinaires ? / Area studies versus Disciplinary Approaches? / Fondation des Treilles
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